La planète-vin / Espagne
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A priori les conditions climatiques ne sont pas propices à la culture
de la vigne aux Canaries : la sécheresse du climat, l'aridité
des sols, le caractère abrasif des vents sahariens, sont autant d'éléments
défavorables. Cependant, grâce à leur travail acharné,
les vignerons sont parvenus à acclimater des cépages en nombre
respectable. Et l'archipel a été épargné par le
phylloxéra...
Depuis le 16e siècle, les Canaries se sont taillé une relative
notoriété viticole grâce à des blancs doux de malvasia.
De nos jours, le malvasia reste le cépage-roi dans certaines zones, et
on en tire encore des "vins doux naturels". Mais le listán
noir accapare à lui seul 80% de l'encépagement. A ses côtés,
de nombreux cépages annexes tels que listán blanc (nom local du
palomino), negramoll (12% de l'encépagement), tintilla, verdello, gual...
Tenerife a longtemps été la seule île canarienne à
bénéficier d'une "Denominacion Especifica Reconocida", mais depuis
le milieu des années 90, les appellations sont devenues pléthoriques.
Actuellement, quatre îles de l'archipel bénéficient d'appellations
:
- Lanzarote :
Sur Lanzarote, la faible pluviométrie et la nécessité
de protéger le vignoble des vents sahariens ont donné naissance
à une viticulture originale. La couche de sable volcanique (le picón),
limitée à 20 centimètres dans le nord de l'appellation,
peut atteindre plus de deux mètres en son centre. Les vignerons l'ont
donc creusée de grands trous coniques au fond desquels les ceps ont
une chance d'atteindre le sol sous-jacent. En outre, l'excavation favorise
le recueil de la rosée, aussi faible soit-elle, et des rares pluies,
que la pierre volcanique poreuse s'empresse d'absorber. Afin de parfaire la
protection contre le vent, un muret semi-circulaire haut d'environ 70 centimètres
entoure chaque cep.
L'appellation concerne les trois couleurs, avec prédominance de blanc
de malvasía sur des sols volcaniques.
La bodega El Grifo, établie en 1775, fait l'un des meilleurs vins doux
canariens, le Moscatel de Ana.
- La Palma, aire d'un millier d'hectares, comprend trois zones aux
caractéristiques et résultats différents :
- au sud-ouest, Fuencaliente-Las Manchas est le lieu d'élection pour
la malvasia à laquelle les Canaries doivent leur notoriété;
à noter que ces vins peuvent être aussi bien secs que doux. Le
listán blanc, le gual et le verdello, complètent l'encépagement
blanc.
- en bordure du littoral oriental, Hoyo del Mazo-Las Breñas fait surtout
des rouges de negramoll, dont quelques-uns obtenus par macération carbonique
se distinguent; mais aussi quelques excellents blancs doux de malvasia.
- au nord, Norte-Vinos de Tea élabore et conserve son vin en fûts
de pin. La résine extraite du bois de pin donne à ce vin un
caractère très particulier.
- El Hierro, 280 hectares sur la petite île de ce nom, la plus
occidentale de l'archipel. Grâce à la technologie la plus moderne,
on parvient à y élaborer certains blancs à la fois nerveux,
corsés, dotés d'une forte personnalité; des rosés
tirant sur l'orangé, bien fruités; et des rouges puissants et
colorés.
Mais c'est Tenerife qui a fait le plus fort, avec pas moins de cinq appellations
:
- Tacoronte-Acentejo, première zone canarienne définie
dès 1985. Ce sont 1.700 hectares délimités à la
pointe nord-est de l'île, dont environ 400 sont plantés, à
une altitude comprise entre 200 et 900 mètres.
En de nombreux endroits, la vigne est encore cultivée "à
l'ancienne" : les pieds sont alignés
en files espacées de 6 à 8 mètres; les sarments sont
laissés à même le sol jusqu'à la vendange, après
quoi ils sont relevés sur des espaliers à une soixantaine de
centimètres de hauteur, afin de laisser le sol disponible pour d'autres
cultures...
La production, tricolore à majorité rouge, est à boire
dans son âge tendre.
Miguel González Monje, à El Sauzal, fait certains des meilleurs
vins : un bon blanc sec Drago Blanco (d'après le nom de l'arbre
typique des Canaries), et surtout son rouge Monje Tradicional. Mais l'appellation
compte de nombreux petits producteurs dignes d'intérêt.
- Ycoden-Daute-Isora, définie en 1994 à la pointe nord-ouest
de l'île, concerne 1.450 hectares. Les sols volcaniques sont fertiles,
bien drainés, de texture légère. Du rouge, du blanc (surtout
en malvoisie doux), et du rosé. L'appellation comprend les vignes les
plus hautes d'Europe, plantées en cépages blancs qui culminent
à 1.400 mètres d'altitude !
- Valle de Güimar (700 hectares) et Valle de la Orotava
(600 hectares) sont apparues en 1995. Il ne s'agit pas de vallées,
mais de fosses tectoniques situées de part et d'autre de la cordillère
centrale. La première fait surtout des blancs de listán, fins
et élégants. La seconde produit des blancs plus alcoolisés,
souvent doux, ainsi que du rouge, du rosé et des vins de liqueur.
- Et enfin Abona, née en 1998. Ce sont les 2.200 hectares formant
la partie méridionale de l'île. La production, très irrégulière,
concerne principalement des blancs doux, savoureux. Voir en particulier parmi
les vins de La Ortigosa, son Leña Blanca fermenté en barrique.
Ou Flor de Chasan, fait par la coopérative de Cumbres de Abona.
Inutile de chercher du vin canarien à l'étranger : pratiquement
tout est bu sur place, par des touristes à la soif inextinguible.
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En abrégé
Pierre Lotigie-Laurent