La Ribera del Duero est une région très attrayante. La vigne y occupe 12.000 hectares, dont 9.000 environ bénéficient de la D.O., dans les provinces de Soria, de Valladolid, et surtout de Burgos. Des sols calcaires bruns et rouges bruns, et un rendement très faible, limité par le climat rigoureux et sec, contribuent à la qualité observée sur certaines aires ayant atteint un renom international.
L'appellation fournit 120.000 hl de rosés et surtout de rouges, essentiellement de tinta del país (tempranillo), avec parfois du grenache, ou encore un faible apport de cabernet sauvignon, de malbec, voire de merlot.
La Bodega Vega Sicilia est située à Valbuena de Duero,
dans la province de Valladolid. On la doit à Eloy Lacanda, un vigneron
originaire de Rioja désireux de disposer d'un vignoble épargné
par le phylloxéra qui sévissait chez lui au milieu du 19e siècle.
Alors que les autochtones produisaient un clairet à boire dans l'année,
Lacanda élabore un vin apte au vieillissement, avec les méthodes
dont il était coutumier en Rioja. Le résultat fut un vin mythique,
seul de son espèce pendant près d'un siècle : l'Unico,
réputé le meilleur rouge espagnol, ne craint pas d'afficher des
prix comparables aux meilleurs châteaux du Médoc. Issu de tempranillo
(60%), cabernet sauvignon (25%), plus du merlot, et même un peu de malbec
et d'albillo, il fermente sous l'action de levures indigènes et macère
pendant 8 à 15 jours. Il subit la fermentation malolactique. Puis il
subit un élevage qui dépend du millésime. Par exemple,
le 74 a vieilli 6 ans en cuve, puis deux ans en fûts de chêne demi-jeune,
et encore 2 ans dans du vieux chêne.
Une autre année, l'élevage peut consister en un séjour
d'un an en foudre, puis 6 à 7 ans en barriques, et 2 à 4 ans en
bouteilles avant d'être commercialisé.
Le résultat est un vin à la robe relativement légère,
mais puissamment aromatique (épices, menthe, cèdre, eucalyptus,
bois de santal, tabac blond etc.), aux tanins légers mais fortement acide,
et d'une longueur étonnante. Un vin tout en dentelles, malgré
l'influence marquée du bois.
Valbuena, second vin de cette Bodega -et seul fait en année
médiocre- est plus abordable. Il est commercialisé à 5 ans,
mais mérite de vieillir une dizaine d'années.
En 1995 apparaît un nouveau vin : Alión 91, à base de
tempranillo, conçu pour être bu plus jeune.
A Pesquera de Duero, à la tête de Bodegas Pesquera, Alejandro
Fernández fait un vin de tinta del país : le Tinto Pesquera,
en crianza, Reserva et Gran Reserva.
Le crianza 89, charpenté et généreux, a des arômes
marqués d'épices. Mais Pesquera Janus Gran Reserva est l'un des
10 plus grands rouges espagnols.
Alejandro Fernández fait aussi le rspectable Condado de Haza.
A des niveaux plus modestes, mais encore superbes :
La D.O. commence à élaborer des rosés prometteurs, comme le Monte Vega Rosado 1989, de Spanish Wines S.A., bodega située à Baños de Valdearados. Ce vin, à 45% grenache, 30% tempranillo, et 15% albillo, est impressionnant : nez puissant, fruité profond, longue persistance en bouche.
Qualité des millésimes récents :
Il n'y aura pas de «Vega Sicilia Unico» 2001. Vega Sicilia a renoncé à commercialiser cette cuvée (environ 30% de sa récolte) en raison de la mauvaise qualité de la vendange.
Bien que la région produise quelques rouges bruns n'ayant pas droit à l'appellation (voir en particulier la Bodega Vega de la Reina), Rueda est synonyme de vins blancs, et ceux-ci sont dûs essentiellement au verdejo, la viura et le palomino participant parfois à titre complémentaire. On y fait :
Le verdejo :
Bien que d'origine africaine, le verdejo peut maintenant être
considéré comme autochtone en Castille-Léon : dès qu'il s'en éloigne,
il perd ses propriétés, qui sont ici d'une grande versatilité. Le
verdejo se plie en effet avec grâce à diverses vinifications et
divers types d'élevage. Une importante quantité de glycérine est la
seule caractéristique vraiment commune à tous ces vins. La robe peut
aller du jaune pâle chez les vins jeunes, au vieil or nappé de nuances
cuivrées ou ambrées chez les vins ayant subi un long élevage. Les
arômes primaires de fruit mûr dominent chez les vins jeunes, avec un
fini anisé, alors que chez les vins ayant mûri longuement, ce sont les
arômes tertiaires qui sont abondants et intenses. De même le bouquet,
très discret chez les vins jeunes, est intense, complexe, et persistant
chez les vins ayant été l'objet d'un élevage. En bouche, ces vins
sont chauds et longs, onctueux et très gras, avec un
arrière-goût intense et un fini amer caractéristique du verdejo.
La dénomination Rueda garantit que le pourcentage de verdejo dans le vin est de 50% au moins; la dénomination Rueda Superior garantit au moins 60%; et la mention "verdejo" au moins 85%.
Le verdejo est propice à l'apparition de la "flor". Elevé sous la protection du voile de flor, le vin sera un Pálido Rueda, léger au palais, mais à l'arôme puissant. Lorsqu'on empêche la formation de la flor, ou lorsqu'on l'interrompt, ou encore lorsque l'on procède à partir de raisins passerillés, on obtient un vin rancio, le Dorado Rueda.
A mi-chemin entre Zamora et Tordesillas, cette D.O. de 3.200 ha
fait des rouges trop alcoolisés, de peu d'intérêt oenologique, des
rosés qui ne suscitent pas l'enthousiasme, et des blancs de malvasía.
Un grand débat sur les mesures à prendre
oppose actuellement les producteurs d'un côté, et de l'autre le Conseil
Régulateur et la Station oenologique de Rueda.
A revoir vers la fin du millénaire. D'ici là, on pourra
patienter en dégustant le très bon Gran Colegiate Reserva, des
Bodegas Fariña.
Depuis mars 1991, Cigales délimite une aire de 3.440 hectares dont 2.300 sont plantés, à une trentaine de kilomètres de Valladolid. Le processus de modernisation a démarré sans délai, selon les conseils de la Station oenologique de Rueda. Celle-ci, après avoir expérimenté divers cépages et diverses vinifications, recommande de faire ici des rosés aromatiques de style navarran.
Les meilleurs rosés secs de l'appellation sont dûs au tempranillo, ici appelé tinta del país, qui compte pour 60% de l'encépagement. Les autres cépages répandus sont le grenache, l'albillo, et le verdejo.
Meilleur produit : le Torondos, rosé de la Bodega Cooperativa de Cigales.
Le Bierzo se situe aux confins nord-ouest du León. Si le
Haut Bierzo est minier, le Bas Bierzo est agricole et vinicole. Le
vignoble prospère dans la dépression délimitée par les Monts du León,
la cordillière cantabrique, et la Sierra de los Ancares, qui s'ouvre au
sud-ouest pour céder le passage aux eaux du rio Sil.
Deux circonstances locales sont propices au développement de la
vigne : un micro-climat de type méditerranéen, et un sol argileux et
ferrugineux, particulièrement aux environs de Cacabelos, Camponaraya,
Ponferrada, et Villafranca del Bierzo.
Ce furent probablement des moines français qui plantèrent les premières vignes, au XIIIe siècle, le Bierzo se trouvant sur le chemin de Compostelle. Des écrits de l'époque mentionnent fréquemment les vignobles "del Borgoñón".
La DO Bierzo, récente (11 décembre 1989), occupe actuellement une superficie de 6.500 hectares répartis sur 22 communes. La production, tricolore, s'élève à 400.000hl en bonne année. Les cépages autorisés sont :
Les meilleurs blancs sont issus de doña blanca, cépage d'origine portugaise. De couleur jaune pâle, bénéficiant d'arômes fruités, d'une saveur agréable, et d'un arrière-goût vif et léger, ils accompagnent bien les coquillages et les poissons.
Les rosés sont souvent dûs à un mélange de mencía et de grenache, mais doivent contenir au moins 50% de mencía. Aromatiques et fruités, vifs et légers, ils peuvent accompagner toutes les entrées.
Mais, aux dires des viticulteurs eux-mêmes, blancs et rosés ne sont
en général pas très intéressants, aussi la D.O. a-t-elle entamé une
vaste reconversion vers le rouge.
Les rouges doivent contenir au moins 70% de mencía, et les
meilleurs sont issus exclusivement de ce cépage. La mencía, que
d'aucuns considèrent comme un descendant du cabernet franc, a acquis
des caractères propres dans cette région (il n'est guère employé
ailleurs en Espagne, sauf à Valdeorras). Les vins qui en sont issus
présentent une bonne aptitude au vieillissement et sont reconnaissables
en bouche par un léger goût métallique.
En fait, les Bierzo rouges peuvent être conçus pour être
consommés jeunes, et dans ce cas ils accompagnent bien les entrées et
les viandes grillées. Ou pour subir un vieillissement
de l'ordre de 3 à 5 ans. De couleur rubis, aux tons brillants, aux
arômes balsamiques, ils sont veloutés mais présentent une certaine
parenté gustative avec les vins de cabernet sauvignon. Les meilleurs
offrent une finale persistante et élégante.
Ingénieur des Industries de Fermentation, Manuel Ruiz Hernández
recommande de réviser les méthodes de vinification actuelles pour mettre
davantage en valeur les qualités de la mencía, entre autres afin de
réduire le taux de sucre résiduel, et préserver le vin d'une certaine
mollesse les années chaudes.
Quinze bodegas, dont 9 à Cacabelos et Villafranca del Bierzo, produisent une trentaine d'étiquettes.
A l'énoncé du nom de Cacabelos, tout Espagnol fait immédiatement l'association avec le vin. Et la Bodega de Cacabelos la plus visitée, car dûment aménagée à cette fin, est sans conteste celle de José Luis Prada, président du Conseil Régulateur, et qui ne craint pas d'inscrire sur ses étiquettes le slogan "Prada a Tope" (Prada à fond). Entre autres bons produits, Prada fait le Joven en Rama, qui n'est ni clarifié ni même filtré.
Egalement à Cacabelos, la Bodega Comarcal Cooperativa Vinos del
Bierzo poursuit une politique de qualité. Sa gamme Guerra - du nom
d'Antonio Guerra, qui fit beaucoup pour le Bierzo vinicole dans les
années 40 - concerne des vins veloutés, parmi lesquels un Gran
Reserva.
Cacabelos accueille aussi les Bodegas y Viñedos Luna
Beberide, et Bodegas Palacios, Díaz y Cía.
A Villafranca del Bierzo, Viñas y Bodegas del Bierzo fait un
Valdeobispo qui peut être consommé jeune mais vieillit très bien.
Dans la même commune, Palacio de Arganza, non affilié au Conseil
Régulateur, n'en fait pas moins un des tout meilleurs blancs de
l'appellation.
Les autres bodegas de Villafranca sont : Perez Carames,
Bodegas Viña Femita, et Comarcal Vinícola Villafranquina.
A Camponaraya : la Cooperativa Viñas del Bierzo.
Ne quittons pas le Bierzo sans lire ces lignes de
Raúl Guerra Garrido à propos du vin local :
"Para el cuerpo, un trago que espabila el gusto, sosiega la
fatiga y azuza la alegría; para el alma, un trago con cuyo paladeo la
fe se renueva, la esperanza se colma y la caridad se espande".
Cette D.O. récente bénéficie à 20 communes, et s'étend sur une superficie totale de 300 hectares. L'élaboration des rouges passe par l'égrappage et la macération carbonique. Celle des blancs et des rosés comporte la fermentation controlée.