Cette région d'une centaine de milliers d'hectares, dont 56.000 en AOC, est placée sous le triple signe des cailloux, du soleil, et du mistral. Le sol n'a pu être travaillé qu'à partir du 13e siècle. Vingt cépages d'origines diverses (Languedoc, Italie, Espagne) y sont employés, mais chaque vigneron se contente -si l'on peut dire- de cultiver 5 ou 6 cépages. Il s'agit d'une précaution contre les dégâts climatiques, en particulier le mistral (et parfois même le sirocco !).
Les rouges, généreux, s'adaptent à peu près à toutes les cuisines, avec une préférence pour les plats épicés et aux herbes. Les Crus méritant de vieillir seront réservés au gibier.
| Année | Qualité et garde |
|---|---|
| 1987 | Année médiocre, dont les vins devraient déjà être bus. |
| 1988 | Bonne année par endroits. Les Châteauneuf sont à leur apogée, et peuvent être gardés jusque vers 98. |
| 1989 | Châteauneuf est exceptionnel. Le reste est variable, de garde moyenne. |
| 1990 | Millésime exceptionnel, riche, concentré, de très bonne garde. |
| 1991 | Bonne année, mais garde moyenne. Châteauneuf est moyen. |
| 1992 |
Année médiocre, à boire sur le fruit. Châteauneuf est médiocre. Cairanne s'en tire, à boire
vers 1998-2000. Les blancs s'en tirent mieux que les rouges. Le Châteauneuf blanc est mieux qu'en 91. Gigondas sera à boire jeune. Tavel et Tricastin, ainsi que Lirac blanc, sont corrects. |
| 1993 | Résultats variés. Gigondas est tannique et puissant. Châteauneuf est moyen en rouge, médiocre en blanc. Tavel est austère, Lirac léger, et Tricastin correct. |
| 1994 | Des résultats très différents selon les secteurs : bons dans le Gard, passables dans le Vaucluse, médiocres dans la Drôme. Châteauneuf s'en tire à peu près correctement. Sélection nécessaire à Tavel et Lirac. |
L'appellation Côtes du Rhône bénéficie à 171 communes réparties sur 6 départements. 42.000 ha en production fournissent 2,1 millions d'hectolitres.
Les rouges ont une robe chatoyante, sont généreux,
charpentés, et pleins d'arômes. On peut les boire jeunes
ou les laisser vieillir quelques années.
Les rosés sont fruités et généreux.
Les rares blancs sont secs, structurés, parfumés, et se révèlent désaltérants.
L'appellation exige un titre minimum de 11%vol.
Le Côtes du Rhône primeur, sorti des chais le 15 novembre, est de plus en plus demandé : Côtes du Rhône est devenu la deuxième appellation française pour la production de primeur. Selon certains, ce serait une hérésie. Quoi qu'il en soit, ce vin est plus corsé et d'une couleur plus profonde que son inspirateur du Beaujolais. Et contrairement à ce dernier, il est capable de supporter un léger vieillissement.
Bonnes adresses en appellation générique :
Les appellations Côtes du Rhône-Villages et Côtes du Rhône-nom de village occupent 5.000 ha produisant 145.000 hl.
L'appellation Côtes du Rhône-Villages concerne 95 communes de l'Ardèche, de la Drôme, du Gard, et du Vaucluse.
Parmi celles-ci, 38 ont en outre le droit d'employer une des 18 appellations communales, accordées sous des conditions plus sévères que pour l'appellation simple. Le rendement de base est limité à 42 hl/ha.
Ces 18 appellations communales sont :
Vinsobres peut donner des vins riches et vieillissant bien.
Bonnes adresses en Côtes du Rhône - Vinsobres :
Bonnes adresses en Côtes du Rhône - St Maurice :
Cave des Coteaux de Saint-Maurice : un excellent rapport qualité / prix.
Bonne adresse en Côtes du Rhône - Chusclan :
Domaine de Signac.
A Laudun (3 communes), les 20.000 hl sont fournis par 3 coopératives et 8 caves particulières. Rouges et
rosés sont moins corsés que ceux de la rive gauche.
Exemple, le Château Saint-Maurice est un domaine de 67 ha
plantés aux 2/3 en grenache, 20% en syrah, et le reste en
cinsaut. Ses vins sont élevés en chêne pendant 5
à 6 mois.
Mais Laudun est surtout réputé pour ses blancs, très appréciés dans leur jeunesse.
Bonne adresse en Côtes du Rhône - Laudun :
Domaine Pélaquié, à Saint-Victor La Coste.
A Saint-Gervais, la coopérative vinifie la quasi-totalité de la production d'environ 150 vignerons.
Bonne adresse à Saint-Gervais (mais en Côtes-du-Rhône Villages) :
Guy Steinmayer, Domaine Sainte-Anne, Les Cellettes.
A Rasteau, l'encépagement comporte 60% de
grenache, complété par du cinsaut, mourvèdre, et
surtout syrah.
Le Vin Doux Naturel n'a pas d'intérêt particulier. Le
rouge "Village" est mieux mais ne vieillit guère plus de 5 ans.
La coopérative vinifie la production d'une centaine d'exploitations, mais une vingtaine de vignerons
indépendants assurent la réputation de l'appellation.
Bonnes adresses en Côtes du Rhône - Rasteau :
Bonnes adresses en Côtes du Rhône - Cairanne :
Bonnes adresses en Côtes du Rhône - Sablet :
Bonnes adresses en Côtes du Rhône - Valréas :
Beaumes-de-Venise fait de très bons Villages, mais est plus réputé pour son Vin Doux Naturel.
Est devenu AOC en 1990. Deux communes : Vacqueyras et Sarrians, produisent 27.000 hl sur près de 700 ha. A 99%, il s'agit de rouges à base de grenache, syrah, mourvèdre, et cinsault, aptes à vieillir de 3 à 10 ans. Le rosé est issu du même encépagement. Le blanc, autorisé par l'appellation, est fait en quantité anecdotique.
Bonnes adresses :
Le vignoble de ce village fortifié, accroché au flanc nord des dentelles de Montmirail, produit 40.000 hl sur 1.180 ha délimités en 1971.
En rouge, l'encépagement comprend le
grenache (65%) qui donne ici le meilleur de lui-même, et la syrah
(plus en théorie le mourvèdre, la counoise, et le
cinsaut) pour 25%; et enfin des cépages complémentaires
pour 10%.
En rosé, 60% de grenache, au moins 15% de cinsaut, et 25% maximum de cépages complémentaires.
En rouge comme en rosé, le carignan est exclu.
Le rendement est limité à 35 hl/ha, et les vendanges doivent être triées.
Riche en alcool, un peu rude dans sa jeunesse, le Gigondas rouge gagne à être attendu au moins 2 ans, et prend avec l'âge des qualités assez proches de celles du Châteauneuf, avec des arômes d'épices et de fruits à noyau, et une finale réglissée.
Le rosé, par contre, doit être bu jeune, car il a tendance à madériser. Mais quelques rosés sont capiteux et présentent un bouquet de fleurs à bulbes. Par exemple, le Domaine Les Teysonnières 85, qui s'est avéré excellent lors de son cinquième anniversaire pour accompagner le fromage (une alliance dont le succès assez rare mérite d'être salué lorsqu'il se produit).
Bonnes adresses :
Les 1.000 ha en production à Tavel sont dédiés au rosé : 40.000 hl de vin dont le haut de gamme compte parmi les 3 meilleurs rosés français, avec le Marsannay (Côte d'Or) et le Riceys (Aube). Tavel revendique d'ailleurs pour son vin le titre de meilleur rosé français, ce qui en ferait aussi le meilleur rosé du monde; assurément, cela ne peut être le fait que des meilleurs producteurs, et il est nécessaire de sélectionner.
Le Tavel est fait par mélange de 9 cépages :
rouges dont on retire les peaux (grenache, syrah, mourvèdre, plus calitor, cinsaut pour 15% au plus, et carignan
pour 10% maximum);
et blancs (clairette, bourboulenc, picpoul).
Aucun cépage ne peut prétendre à une part supérieure à 60%.
Armand Maby, grand spécialiste de Tavel, disait :
"Trop de grenache fait un vin léger et inapte à durer.
Aussi faut-il y ajouter de la syrah pour la couleur, et du
mourvèdre pour le corps et la longueur en bouche".
La
vinification commence par une courte macération à froid
des raisins, laquelle confère au vin sa couleur rose tendre.
Très élégant, sec mais gouleyant, le Tavel
se distingue par son bouquet très floral ou de fraise des bois
qui évolue vers des senteurs de fruits mûrs, parfois
poivrées. Il s'ouvre vers 2 ou 3 ans, et peut être
conservé 5 ou 6 ans.
Il peut accompagner la totalité d'un repas aux mets simples (viandes blanches, volailles) ou même exotiques
(couscous, cuisine asiatique, etc.). Servir frais.
Niveau de prix : 35 à 40F.
Bonnes adresses :
L'appellation délimite 2.000 ha au nord de Tavel, sur les villages de Lirac, Saint-Laurent-des-Arbres, Saint-Geniès-de-Comolas, et Roquemaure; mais 650 ha seulement sont exploités, fournissant une production tricolore de 20.000 hl.
Lirac bénéficie d'un sous-sol sableux mêlé d'éboulis calcaires, d'argiles rouges, et de gros galets roulés, comme à Tavel et à Châteauneuf. Il pâtit de la proximité de ses illustres voisins, et pourtant...
Le rouge, très foncé, harmonieux et parfumé, est pour ainsi dire un Châteauneuf de la rive droite. Il
soutient en tout cas la comparaison avec les meilleurs Côtes du Rhône-Villages, avec des nuances parfois
mieux soutenues, tout en restant léger et tendre, avec ses tanins très fins.
A boire vers 4 ou 5 ans.
Le rosé est proche du Tavel,
dont il partage d'ailleurs les cépages, dans des proportions
légèrement différentes où le grenache doit
dominer. En outre, il admet l'ugni blanc et le maccabéo, ce qui
ne l'améliore pas.
Séveux et parfumé, il est plus dense en matière que son rival.
Les blancs (2.000 hl), peuvent provenir de la clairette et de divers cépages complémentaires : bourboulenc, grenache blanc; plus viognier, marsanne, roussanne, susceptibles d'ajouter finesse et arômes. Secs et vifs, ils accompagnent bien les produits de la pêche méditerranéenne.
Blancs et rosés sont à boire jeunes, encore que les rosés - comme ceux de Tavel - soient plus aptes au vieillissement que les autres rosés français.
Bonnes adresses (incluant des domaines situés à Tavel, mais qui exploitent des parcelles de Lirac) :
Comme chacun sait, le nom de la ville vient d'un château, érigé par les Papes au 14e siècle, aujourd'hui en ruines. Le "Clos des Papes", que Jean XXII -deuxième pape en Avignon- fit planter, existe encore. Sa colerette mentionne "Terroir castelpapal".
Le vignoble, sis sur des parcelles de 5 communes (Châteauneuf, Courthézon, Orange, Bédarrides, et Sorgues), occupe l'ancien lit du Rhône préhistorique, couvert de gros galets qui restituent la nuit la chaleur emmagasinée le jour. Sous ces galets, de l'argile qui agit comme une éponge, assurant une réserve d'eau à laquelle la plante peut puiser régulièrement.
Le Châteauneuf du Pape rouge (100.000 hl sur 3.000 ha) peut provenir de 13 cépages, sans aucune
restriction dans les proportions.
D'après le regretté Philippe Dufays, docteur et oenologue, ce sont :
Les carignan, maccabeo, et ugni blanc, sont interdits, et on ne les regrettera pas. Par contre, il est dommage que le viognier ne soit pas autorisé.
L'appellation exige un minimum de 12,5%vol, souvent dépassé.
Le résultat est un vin pourpre au bouquet puissant et
épicé, ample et capiteux, à la matière
dense, qu'il faut attendre au moins 3 ou 4 ans.
Service : les bons Châteauneuf méritent d'être carafés. Bus chambrés, ils accompagnent une cuisine
relevée, ou du gibier, voire même les fromages du Nord (Maroilles, Gris de Lille).
Prix : en général 80 à 90F.
L'appellation est l'une des rares, en France, où subsistent de grands domaines fondés par l'aristocratie avant la Révolution.
Château Rayas, à Courthézon,
est le domaine le plus réputé (et le plus coûteux),
grâce à des rendements qui ne dépassent pas 15
hl/ha les années "productives" telles que 88 et 89. Le 89, qui
titre 15,5%vol sans aucune lourdeur, pourra être conservé
30 ans.
Certains
amateurs lui préfèrent la Réserve des
Célestins, d'Henri Bonneau. L'un et l'autre sont souvent
cités lorsque l'on évoque les meilleurs vins du monde.
Autres bonnes adresses :
Par exemple, le Domaine de Mont-Redon 80, rouge excellent, persistant
longuement en bouche, était déjà très
agréable en 1988, mais devrait pouvoir vieillir jusqu'au
début du prochain millénaire.
De même le Fines Roches 86, à dominante de syrah,
mérite d'être dégusté peu à peu
jusqu'à son 20e anniversaire.
La réputation mondiale de son rouge ne doit pas nous faire oublier que Châteauneuf exploite 200 ha pour en extraire 6.600 hl d'un excellent blanc sec, sans acidité mais avec beaucoup de corps, qui allie un bouquet floral accentué à une richesse alcoolique inhabituelle.
Meilleurs domaines en blanc :
Beaumes vient du mot balmes : grottes et cavités. Lesquelles ? celles des dentelles de Montmirail, dont le site grandiose domine le vignoble.
Beaumes-de-Venise (la commune d'Aubignan a également droit à l'appellation), située dans le Vaucluse, au sud de Rasteau, tient son nom du comtat venaissin, jadis situé au nord de Carpentras. Le vin de ce petit territoire plaisait tant aux papes, alors en Avignon, qu'ils s'en réservèrent l'exclusivité. Aujourd'hui, chacun peut avoir sa part des 13.000 hl produits.
C'est le meilleur de tous les Muscat, issu
exclusivement de muscat à petit grain -aussi appelé
muscat de Frontignan- que certains prétendent avoir
été rapporté par les Croisés. Le rendement
est limité à 30 hl/ha.
Ce "nectar des dieux", de couleur paille ou or, est moelleux, aromatique et fruité. Moins liquoreux que le
Muscat de Frontignan,
il peut exprimer des arômes de citron, de mangue et autres fruits
exotiques, de pêche, d'acacia, se développant parfois en
bouche sur un goût de miel, avec de la rose en
rétro-olfaction.
Il peut être bu jeune, mais vieillit
très bien en gardant ses qualités pendant 6 à 10
ans. Selon les années et les domaines, il peut être servi
en apéritif, accompagner le foie gras, les huîtres
chaudes, le fromage blanc; ou une coupe de fruits, les glaces et
sorbets.
Sa température ne doit pas dépasser 8°C.
Bonnes adresses :
22 communes de la Drôme produisent 100.000 hl sur 2.000 ha. Des rouges, et quelques rosés.
Il convient de distinguer 4 terroirs :
Des blancs secs rares (900 hl) mais suaves et bouquetés.
Bonnes adresses :
Devenu AOC en 1988, le vignoble est réparti entre 36 communes, sur près de 3.000 ha produisant 150.000 hl. Les sols calcaires sont soumis à de rudes conditions climatiques de type continental.
On y fait les 3 couleurs.
Ce sont surtout des rouges (120.000 hl) issus de grenache, syrah, plus mourvèdre, cinsaut, counoise, et carignan.
Vifs et peu alcoolisés, ils rappellent souvent les vins des Côtes du Rhône.
A boire jeunes, sauf quelques-uns vinifiés aux fins d'une conservation de 3 ou 4 ans.
Mais aussi des blancs de qualité, dont les cépages
principaux sont la clairette et le bourboulenc. Le climat plus frais
que dans la vallée du Rhône, et les vendanges plus
tardives, expliquent la part relativement importante (30.000 hl) ainsi
que la qualité des blancs, secs et élégants.
Quelques vins sont lourds et un peu oxydés.
Mais pour la plupart, ils sont agréablement fruités.
Certains s'expriment en termes de fruits rouges. Les meilleurs sont
ceux qui, chantant le thym et le romarin, nous transportent dans la
garrigue...
A boire jeunes, ils peuvent évoluer favorablement pendant quelques années.
Adresses :
A Ménerbes, ravissante petite cité, le Domaine de la Citadelle expose un millier de tire-bouchons dont certains ont 3 siècles.
Le Côtes du Ventoux est devenu AOC en 1973.
300.000 hl sont produits sur 6.900 ha, par 51 communes du Vaucluse, dont Bédoin est le centre.
Le vignoble, situé à une altitude comprise entre 100 et
400 mètres, soumis à un climat plus frais que celui de la
vallée du Rhône, donne des rouges en général
légers. Toutefois, un quart de la production est plus tannique,
colorée, et mieux charpentée.
Pas moins de 14
cépages peuvent être utilisés pour les rouges et
les rosés, qui sont à boire jeunes.
Les blancs (4.000 hl) sont secs et frais.
Supérieur au Côtes du Vivarais, moins puissant que le reste des Côtes du Rhône, le Côtes du Ventoux est un vin d'intérêt local, produit par 16 coopératives et 36 producteurs indépendants.
Adresses :