| Comme nous l'avons déjà noté, le raisin est un produit naturel, mais le vin ne l'est pas. Sans l'intervention de l'homme, du vinaigre serait l'inéluctable destin du raisin, au terme d'une chaîne de transformations chimiques complexes. L'intervention humaine -lors de la vinification- consiste à contrôler ces transformations, ce qui exige des manipulations physiques et chimiques tout à fait artificielles. Nous avons rassemblé dans ce paragraphe les principales transformations et manipulations chimiques susceptibles d'intervenir au cours de la vinification. |
Fermentation alcooliqueLa fermentation alcoolique est elle-même une chaîne très
complexe de transformations, que l'on modélise -en simplifiant
beaucoup- par la réaction Les levures peuvent être celles -naturelles- autochtones dans la peau du raisin. Dans la pratique, ce sont plus souvent des levures sélectionnées en laboratoire, pour leur efficacité. Fermentation malolactiqueLa réalité est évidemment beaucoup plus complexe que le modèle représenté par l'équation ci-dessus. Un grand nombre de produits sont synthétisés au cours de la fermentation, en particulier de l'acide malique dont la présence est souvent (mais pas toujours) ressentie comme un défaut. Pour éliminer l'acide malique, on procède à la fermentation malolactique, laquelle transforme l'acide malique en acide lactique :1 malique -> 2 lactique + 1 CO2 On fait subir quasi systématiquement la fermentation malolactique aux vins rouges. Pour les blancs, cela dépend du résultat désiré, selon que l'on veut un vin sec et frais ou un vin plus gras et capable de vieillir. EnrichissementLa chaptalisationLa chaptalisation consiste en l'addition de sucre au moût avant ou pendant la fermentation.En règle générale, elle est autorisée mais réglementée. Elle est d'autant plus tolérée que l'ensoleillement dont jouit le vignoble est plus réduit. La plupart des vignobles bénéficiant d'un ensoleillement suffisant l'interdisent. Sinon, à l'extrême, on pourrait voir des "vins" faits à partir d'eau, de vieux moûts, et de sucre... Si le sucre est insuffisant, on peut ajouter du saccharose (C12H22O11) avec un maximum de 3 kg par hectolitre. Or, avec 1,7 kg pour du vin blanc (1,8 pour du rouge) on arrive à augmenter le titre de 1%vol. Depuis 1972 :
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| En Europe, les zones
de chaptalisation sont définies comme suit (recensement partiel) : |
Zone | Titre mini | Chaptal. max. | Chaptal. except. |
|---|---|---|---|---|
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Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni. |
A | 6%vol | 3,5%vol | 4,5%vol |
| Alsace, Lorraine, Champagne,
Jura, Savoie, Val de Loire; en Allemagne, la région de Baden |
B | 7,5%vol | 2,5%vol | 3,5%vol |
| Bourgogne, Beaujolais, vallée du Rhône, Massif Central, Sud-Ouest, Cognac, Alpes et Alpes-Maritimes; en Espagne : les Asturies, la Cantabrie, la Corogne, Vizcaya. | C1a | 8,5%vol | 2%vol | |
| En Italie, le Val d'Aoste, Sondrio, Balzano, Trente, Belluno. | C1b | 9%vol | 2%vol | |
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C2 : Provence, arrière-pays de la Côte d'Azur,
Languedoc, Roussillon, Ardèche; |
C2 | 9,5%vol | 2%vol | |
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- C3a : la quasi-totalité de la Grèce. |
C3 | 10%vol | 0%vol |
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Le contrôle de la chaptalisation est possible, avec une précision de 0,25%vol, par le procédé Martin (Résonance Magnéto-Nucléaire du deutérium). En outre, la RMN permet de reconnaître le cépage, le millésime, et même le terroir d'un vin. Mais l'appareil coûte cher et les analyses sont onéreuses. Autres procédés d'enrichissementLa saccharose étant un produit de la betterave, le vin chaptalisé ne répond pas à la définition du vin d'après l'Union Européenne. Celle-ci préfèrerait donc les MCR (moûts concentrés rectifiés) dont l'avantage est qu'ils sont élaborés à partir de vins médiocres, produits massivement dans les vignobles du sud européen, ce qui permettrait de résorber certains excédents communautaires.Une autre solution pourrait être l'osmose inverse, encore illégale en France mais employée à titre expérimental pour certains grands vins. Ce procédé consiste à extraire une partie de l'eau contenue dans le moût, dont le taux en sucre augmente donc, ce qui réduit le besoin de chaptaliser. Le mouillageTrès rare sur les vins français, il est pratiqué sur certains vins de pays au climat chaud. Il s'agit uniquement d'augmenter le volume produit. Dans les cas extrêmes, l'augmentation peut atteindre 50%.L'acidificationCertains vins souffrent d'un déficit en acide. Ils sont trop mous, insuffisamment charpentés. Il est possible de leur donner un coup de fouet par addition d'acide tartrique. L'excès d'acidité, au contraire, peut être traité par du tartrate de sodium.En 1991, un scandale faillit éclater à Vosne-Romanée. Certains vignerons employaient de l'acide tartrique de synthèse importé de Chine Populaire, sans s'être inquiétés de savoir s'il était de qualité alimentaire. Il aurait pu, en effet, contenir des sels de plomb. Heureusement, l'analyse confirma -a posteriori- qu'il était bien de qualité alimentaire. En France, l'acidification est autorisée dans certaines proportions
(2,5 grammes par litre), mais cela exclue alors toute chaptalisation :
on ne peut à la fois chaptaliser et acidifier un même millésime.
En 1998, un scandale éclate en Bourgogne, éclaboussant toute
la profession : le millésime 1997 avait été
chaptalisé et acidifié par de nombreux viticulteurs, y compris
certains responsables du Syndicat des Viticulteurs. Pour leur défense,
une raison dérisoire : ils ne pratiquent pas les deux opérations
"à la fois", mais successivement ! Autres opérations chimiques
Au contraire, d'autres produits, tels les colorants, sont interdits.
La logique en la matière consiste à interdire les produits
dangereux pour les consommateurs. Sans danger, mais trompeur pour le consommateur, donc interdit : faire un soi-disant millésimé par mélange de vins d'années différentes. |