| La vendange est donc faite, et nous avons vu que son but consiste à
amener à la cuverie des raisins mûrs et sains.
Une remarque à ce propos : les cépages ne mûrissent pas tous en même temps; le viticulteur ne fait donc pas une vendange, mais des vendanges, et il doit donc gérer son temps entre la vigne et la cuverie. Or, quand le raisin arrive à la cuverie, il faut s'en occuper toutes affaires cessantes : un tracas pour les exploitants modestes, au personnel nécessairement restreint. Pour l'essentiel, la vinification comporte :
Le raisinLe grain est composé de peau, de pulpe, et de pépins. Ces derniers contiennent du tanin et des graisses.
La pulpe contient principalement
La pellicule comporte 6 couches (pruine, épiderme, etc.) mais
sans entrer dans le détail, sachons que c'est la pellicule qui
contient les matières colorantes, et la majeure partie des composants
aromatiques du raisin. Les chimistes vous diraient que la pellicule contient
des anthocyanes et des flavones, lesquels sont des phénols. Pour
nous, il suffit de savoir que c'est la peau du raisin qui va transmettre
au vin le "goût du terroir". Et également sa couleur, car
la pulpe du raisin est blanche. Par divers moyens physiques ou chimiques, l'oenologue cherche à
équilibrer ces éléments dans le vin, et à
stabiliser le vin. Autre exemple : selon le type de vin, l'oenologue sera amené
à admettre, voire à rechercher la présence de tanin
dans le vin. Or, si les pépins contiennent du tanin, la présence
de leurs graisses dans le vin est indésirable au delà d'une
quantité restreinte. D'après Paul Caris, "une bonne
partie des graisses plus ou moins complexes contenues sur le pépin et
dans le pépin sont dégradées par l'alcool permettant ainsi la libération
des composés phénoliques les plus extractibles; le complément de la fraction
lipidique du pépin restera bien sagement dans le pépin". Il ne s'agit pas ici de détailler le travail de l'oenologue (cela dépasserait de beaucoup le niveau de cet ouvrage de vulgarisation), mais uniquement de donner -par deux exemples simplifiés- une idée succincte des problèmes que l'oenologue va rencontrer au cours du traitement de la matière première délicate et complexe qu'est le raisin. |
Procédés de vinificationD'après ce qui précède, on conçoit aisément que différentes méthodes de vinification, chacune comportant un bon nombre de choix et de variantes, soient appropriées en fonction du type de vin voulu. En voici d'abord les grandes lignes, puis nous entrerons dans le détail un peu plus loin.
|
Vinification en rougeEn général, on commence par égrapper les raisins. A Bordeaux, par exemple, on érafle le cabernet sauvignon. Mais les exceptions sont nombreuses : les rafles de certains cépages (exemples : merlot, pinot, mourvèdre) sont parfois conservées pour renforcer le caractère du vin. Puis on foule les raisins, et on laisse les peaux macérer avec le jus pour récupérer les pigments qui vont être dissous sous l'effet de la chaleur et de l'alcool. La fermentation alcoolique a lieu en même temps que la macération. Elle est déclenchée soit spontanément par les levures qui se trouvent dans les peaux, soit par des levures sélectionnées en laboratoire. En fonction du type de vin désiré, on peut jouer sur trois paramètres principaux :
L'écoulage donne le "vin de goutte", fin. Au contraire, le "vin de presse", obtenu par pressurage du marc, est frustre et tannique. Le vin de presse et le vin de goutte subissent -séparément, sauf exception- la fermentation malolactique, indispensable pour réduire l'acidité des rouges. Elle se fait sous l'influence de bactéries lactiques. Autre avantage : le vin ne risque plus de travailler au printemps sous l'effet du réchauffement de la température. Puis on ré-incorpore éventuellement une partie du vin de presse, selon des critères analytiques et gustatifs. Macération carbonique : Certains rouges sont élaborés par macération carbonique, qui consiste en une fermentation initiale en présence de gaz carbonique. On met en cuve des grappes complètes, non foulées. Les
raisins y subissent alors des modifications biochimiques internes sous
l'action d'enzymes (les levures, aérobies, ne peuvent pas intervenir).
Cette méthode produit des vins légers, fruités, dont elle préserve bien les arômes primaires. Ce sont des vins souples, peu tanniques, à consommer jeunes. Mais dans certaines conditions -macération longue (10 à 18 jours) et température de fermentation élevée (30°C)- on obtient un vin qui peut se conserver plusieurs années. Cette variante est de plus en plus pratiquée en Languedoc, et dans les Côtes du Rhône méridionales. |
Vinification en blancDès la première étape de la vinification, il faut choisir entre deux voies très différentes :
Le moût est refroidi à -10°C pour éviter le déclenchement de la fermentation, et on le protège de l'oxydation par de l'anhydride sulfureux. Le jus pressé contient encore des matières solides; on procède donc au débourbage, par sédimentation. Puis on introduit des levures sélectionnées, et la fermentation se déclenche. L'ajout de levures sélectionnées est plus indiqué que pour les rouges, car le moût est resté peu de temps en contact avec les peaux porteuses de levures naturelles. La fermentation peut être effectuée en cuve ou en fûts dont la capacité n'est pas sans importance. La durée et la température de la fermentation sont deux facteurs importants pour le caractère final du vin. La température doit être maintenue en dessous de 20°C
(18°C semble idéal) pour conserver les arômes. A température
plus basse, on observe une production accrue d'esters et d'arômes,
et un abaissement de l'acidité volatile. Avantage supplémentaire
non négligeable : la quantité d'anhydride sulfureux
nécessaire est moins élevée. Mais les vins sont plus
légers, et moins riches en glycérol. On choisit donc d'effectuer
la fermentation à basse température (12-13°C) pour obtenir
des vins secs légers à boire rapidement. La durée de la fermentation dépend à la fois du type de vin désiré et de la température de fermentation. Si l'on désire un vin parfaitement sec, on est obligé de laisser la fermentation s'accomplir jusqu'à ce que tout le sucre soit transformé en alcool. Ce résultat tardera d'autant plus que la température imposée à la fermentation sera plus basse. Cela peut demander jusqu'à un mois. Pour obtenir un vin sec, on soutire dès la fin de la fermentation alcoolique. On peut également éviter la fermentation malolactique. Cela dépend de l'acidité du moût, elle-même dépendant du cépage (plus ou moins acide), du millésime (vendange plus ou moins mûre) et du taux d'acidité voulu. La fermentation malolactique est souvent pratiquée sur des vins qui vont subir un élevage en fûts, comme en Bourgogne, parfois dans les Graves (pour les vins secs) et dans les Côtes du Rhône du nord. Au contraire, on l'évite pour obtenir des vins frais ou pour leur garder de la fraîcheur : c'est en général le cas en Alsace, en Provence, à Bordeaux (pour les liquoreux), parfois en Champagne, à Vouvray, en Allemagne. En général, les blancs ne sont pas élevés
sous bois, à cause de l'oxydation possible, et pour conserver la
fraîcheur aromatique. Pour les blancs doux, on récolte des raisins surmaturés, soit par passerillage (dessication sur le pied), soit par pourriture noble : le botrytis attaque la peau, l'eau s'évapore, le sucre se concentre. Alors qu'une récolte normale contient rarement plus de 200 grammes de sucre, une récolte botrytisée peut en contenir jusqu'à 350. Le sucre résiduel est dû au fait que les levures cessent de travailler au-delà de 15 ou 16%vol. Or, il suffit de 17 grammes de sucre pour produire 1 degré d'alcool. Lorsque l'année n'est pas bonne (vendange pauvre en sucre), il
faut arrêter artificiellement la fermentation pour garder un peu
de sucre résiduel. L'ajout d'alcool étant réservé
aux Vins Doux Naturels, on emploie de l'anhydride sulfureux; mais celui-ci
nuit au goût, aussi préfère-t-on parfois des procédés
physiques tels que la flash-pasteurisation. |
Vinification en roséA part le Champagne rosé qu'il est permis de faire par
mélange de vin rouge et de vin blanc, le rosé est toujours
issu de raisins noirs ou gris auxquels on fait subir une macération
plus ou moins longue. On distingue trois types de rosés :
Dans le Bordelais et dans les vignobles septentrionaux, le rosé
est issu d'un cépage unique rouge, vinifié en blanc. Les
vignobles du nord font surtout des rosés parce que des difficultés
de maturation s'opposent à l'obtention de bons rouges.
Vins effervescentsOn distingue :
Vins vinésComme on l'a déjà noté, ce terme désigne
plusieurs types de vins dont le point commun consiste en ce que leur fermentation
a été arrêtée précocement, voire empêchée,
par addition de vin, d'alcool, ou d'eau-de-vie de raisin.
Vins spéciauxImpossible de définir un point commun entre tous ces vins, si ce n'est leur élaboration selon des procédés originaux qui paraissent souvent défier le bon sens :
|