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Origine, Climats, Cépages, Vinification, Producteurs, Millésimes, Adresses, etc. Par Jean Durand : jdurand@efma.com
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[ Ce mémoire est une mise à jour d’un article plus ancien dont une copie fut adressée à G.Chave et à JL. Grippat. Ils m’ont répondu de façon circonstanciée. Grippat m’a même adressé un document rare du XIXème siècle sur l’Hermitage ] Les vins rouges et blancs de l'Hermitage (ou Ermitage) proviennent de vignes cultivées sur des coteaux qui dominent le Rhône à environ 20 km au nord de Valence, sur des parcelles délimitées du territoire des communes de Tain-l'Hermitage et de Crozes-Hermitage. La surface totale en production est de 126 hectares, soit l'équivalent d'un gros château bordelais, mais elle est répartie entre environ 70 propriétaires différents ! Contrairement à la règle générale, l'aire d'appellation a été délimitée de manière à exclure à peu près toute possibilité d'extension. ( Attention : ne pas faire d'amalgame avec les vignobles qui produisent les vins de l'appellation Crozes-Hermitage, situés à une altitude moins élevée ; bien qu'ils soient six fois plus vastes à la suite d'extensions territoriales abusives dans les années 50, le résultat qualitatif n'est pas systématiquement six fois moindre, mais le plaisir l'est... Les Crozes-Hermitage blancs permettent de bluffer les ploucs aussi bien et à moindre frais, tout en conservant les Hermitage pour les véritables amateurs ou encore mieux, pour soi, entre quat'z'yeux ). Comme on produit quatre fois plus d'Hermitage rouge que de blanc, et que la majorité de la production est entre les mains de quelques négociants dont les techniques d'assemblage et de vinification ont souvent été discutables, les bouteilles du breuvage blanc produites par les producteurs sérieux ne peuvent pas encombrer les caves des restaurants... pas plus que les rayons des cavistes. Un total de 880 hectolitres d'Hermitage blanc a été produit en 1985, un millésime exceptionnel. La même année, l'appellation Muscadet a pissé 200 000 hl, Sancerre 85 000, Riesling 160 000, et Sauternes (à faible rendement) 30 000 hl. On peut estimer que sur les 880 hl, moins de 30 % présentent un véritable intérêt (on rencontre malheureusement des Hermitage minables, inférieurs à de médiocres Crozes...) et moins de 15 % sont vraiment représentatifs de l'appellation. Or, dans les grandes années, l'Hermitage blanc, dégusté
à maturité, est un vin merveilleux, capable de rivaliser
avec les plus grands, car générateur d'émotions de
grande qualité...
ORIGINE Le cru pourrait devoir son nom à un ermite, Henri-Gaspard de Stérimberg, chevalier de la cour de son état, qui s'était distingué durant la croisade contre les Albigeois (1208 - 1213). En 1225, se repentant des exactions cruelles commises durant sa vie, il s'adressa à la reine Blanche de Castille. Celle-ci envoya aux religieux de St-André-le-Bas l'ordre de recevoir Henri-Gaspard et de lui assigner un endroit de leur juridiction lui permettant de bâtir un ermitage. Il se retira donc au sommet du coteau de Tain pour méditer ; la sagesse venant ( et la Grâce aidant), aussi habile à manier la charrue que l'épée, il se mit à cultiver de la vigne, car il n'y avait pas d'eau... Son vin, qu'il offrait à ses visiteurs, acquit petit à petit une réputation suffisante pour que la plupart des pèlerins passant dans la région prissent la peine de gravir le coteau dans le but de rencontrer l'ermite, sa sagesse et surtout son nectar. L'ermitage était facilement repérable à cause de la proximité d'une chapelle visible depuis la vallée. Construite sur l'emplacement d'un temple élevé par l'empereur Fabius à Mercure, dieu du commerce et des voyageurs, elle était dédiée à Saint Christophe. Elle est encore visible aujourd'hui. D'ailleurs, à cette époque, le vin était connu sous le nom de "Vin du coteau de Saint Christophe". Il s'appela ensuite "Vin de Tournon" et c'est au XVème siècle que les seigneurs, propriétaires des vignes, décidèrent d'honorer la mémoire du Chevalier en désignant leurs vins sous l'appellation actuelle de "Vins de l'Hermitage". Une légende du pays prétend que les premières vignes d'Hermitage auraient été plantées par Saint Patrick lors de son premier voyage en France vers 425. Gaspard se serait donc contenté de poursuivre ou de reprendre des cultures plus ou moins abandonnées et non pas de planter des ceps ramenés du Proche-Orient au retour de croisades, comme l'affirment certains. L'authenticité de ces origines semble un peu hasardeuse, mais, quoi qu'il en soit, la réputation du vin de l'Hermitage est très ancienne, par exemple :
Un laquais effronté m'apporte un rouge bord D'un auvergnat fumeux, qui, mêlé de lignage Se vendait, chez Crénet, pour vin de L'Hermitage.
Lafite 5 F, Haut-Brion 5 F, Hermitage 6 F ;
1ers (ex æquo) : Hermitage, Clos Vougeot et Château Lafite.
C'est sur la rive gauche du Rhône, dans les parties est et sud-est de la zone d'appellation, formées de cailloutis argilo-calcaires et de loess, que se trouvent les zones de production de L'Hermitage blanc. Les principaux lieux-dits (mas ou climats du coteau) donnent des vins assez individualisés :
CEPAGES Deux cépages peuvent rentrer dans la composition de l'appellation Hermitage blanc : la Marsanne et la Roussanne. Selon les auteurs, les régions et les époques, on dit aussi le Marsanne et le Roussanne (plus de nombreux synonymes locaux, comme dans toutes les régions). La marsanne est un cépage vigoureux et très productif qui donne des vins bien colorés avec des nuances brunes, très alcooliques et riches en extraits. Le vin vieillit très bien, malgré son peu d'acidité et contrairement à la majorité des vins blancs obtenus à partir d'autres cépages. Cependant, les arômes un peu simplistes (fleurs blanches, notes anisées genre fenouil), assez violents, manquent de vivacité et de complexité ; les Hermitage 100 % marsanne sont toujours ou un peu vulgaires ou bien trop légers (rendements trop élevés), manquant souvent d'élégance et de personnalité. Malheureusement, la marsanne a presque complètement supplanté la roussanne dans la vallée du Rhône. La marsanne est le cépage dominant des blancs d'appellations Crozes-Hermitage, Saint-Joseph et Saint-Péray où elle est souvent appelée Roussette de Saint-Péray. De plus, on trouve ce cépage en Suisse, dans le canton du Valais, où il est dénommé Ermitage blanc ( ! ) et produit un vin médiocre et très alcoolisé. Enfin, la marsanne est cultivé en Algérie et en Australie qui comporterait au moins 80 % de l’encépagement mondial de ce cépage. La roussanne est un cépage aristocratique, élégant et délicat. Ses arômes complexes sont à la fois fins, exubérants et très vivaces (aubépine, acacia, tilleul, pêche, abricot, noisette). Après une jeunesse sémillante, le vin issu de la roussanne traverse l'âge mûr avec un soupçon de madérisation, puis est capable de vivre 10 à 20 ans, voire davantage. Malheureusement, ce cépage fragile est particulièrement sensible à l'oïdium et à la pourriture grise. On a récemment sélectionné des clônes de roussanne moins fragiles et bien adaptés aux vignobles abrupts du Rhône, ce qui laisse espérer un renouveau de sa culture, malgré des rendements notablement inférieurs à ceux de la marsanne. On trouve un peu de roussanne à Saint-Péray et dans le Châteauneuf-du-pape. Elle est aussi cultivée en Savoie où elle s'appelle Bergeron. Les vins de l'appellation Roussette de Savoie sont issus d'un assemblage de Chardonnay, d'Altesse et de Mondeuse. [ L'Altesse (dite Roussette sur place ! ), est un cépage savoyard sans aucun rapport avec le roussanne. Pour clarifier la situation, quelques vieux viticulteurs d'Hermitage désignent certaines de leurs vignes de roussanne du nom de Roussette ! Tout ceci explique les nombreuses confusions commises par les meilleurs auteurs mais vous permettra de briller à peu de frais dans une docte assemblée... ] Enfin, on trouve de la roussanne dans les DOC toscanes de la région
de Lucques en Italie. Réapparition relativement récente en
Australie, où un viticulteur avisé a décidé
d'en replanter pour améliorer son vin de marsanne. (Au XIXème
siècle, la roussanne y était cultivée, puis elle en
avait à peu près disparu).
APPELLATION Sans doute pour consacrer l’usage ancestral et permettre à certains
producteurs de baptiser leurs vins "Ermitage" l’INAO précise : "Seuls
ont droit à l’appellation Hermitage ou L’Hermitage, avec ou sans
H, les vins rouges et blancs qui, répondant aux conditions ci-après....
" etc. La majorité des producteurs orthographient ‘Hermitage’, mais
on trouve toutefois des ‘Ermitage’, notamment chez Chapoutier, "L’Ermitage
de l’Orée".
VINIFICATION Les machines à vendanger aujourd'hui en vigueur sont tout à fait incapables de s'attaquer aux pentes des collines de l'Hermitage. On y entendra donc encore longtemps les chants et les cris des vendangeurs à la fin de l'été. Les méthodes de vinification devraient être les mêmes que celles des grands vins blancs : récoltes soigneusement triées, cuvaisons longues à basse température. Bien qu’autorisée, la chaptalisation est bannie des bons producteurs, leurs moûts titrant naturellement 13 à 14°, même dans les petites années. Elle n’est employée que par ceux qui visent des rendements trop élevés. L’élevage en fûts de chêne est de rigueur, avec une proportion de bois neuf à doser selon les millésimes. La fermentation malo-lactique s’est aujourd’hui généralisée. Enfin, il faudrait se contenter d'un minimum de filtration, voire d’aucune. Le produit final, mis en bouteilles entre 12 et 24 mois après les vendanges, devrait être un assemblage des deux cépages. Les grands Hermitage blancs élaborés ainsi ont des arômes de tilleul et d'aubépine, puis de pêche, abricot, noisette et vanille lorsqu'ils sont très jeunes ou jeunes. Avec le temps, ils acquièrent des flaveurs de miel, de chèvrefeuille, d'épices et d'amande grillée. La bouche est toujours ronde, enveloppante et grasse. Elle est puissante, de grande profondeur et très persistante. Les très vieux Hermitage blancs, après s’être refermés, s'ouvrent progressivement sur des arômes d'orange amère, de fruits secs, de café et de pain grillé. En résumé, les Hermitage blancs (ainsi que les rouges)
figurent parmi les plus grands vins de France. Ils peuvent s'avérer,
dans certains millésimes et chez certains producteurs, plus satisfaisants
qu'un Premier Cru bordelais ou qu'un Grand Cru bourguignon rouge ou blanc.
LES PRODUCTEURS D'(H)ERMITAGE BLANC CHAPOUTIER La Maison Chapoutier, véritable institution rhodanienne fondée en 1808, est aujourd’hui propriétaire de 34 ha de vignes en Hermitage dont 14 consacrés au vin blanc. Tous les Chapoutier mâles ont des prénoms qui commencent par un M. Marc et Michel travaillaient avec leur père, Max. Marius, arrière-grand-père de l'actuelle génération, acheta le climat de Chante-Alouette à la famille de la Sizeranne. La maison Chapoutier en a tiré une marque commerciale, le Chante-Alouette appellation Hermitage, assez connu et curieusement prisé par de nombreux amateurs et professionnels. L'ex-sommelier de Fernand Point, propriétaire de la légendaire Pyramide à Vienne, le recommandait presque systématiquement, alors qu’à l’époque, ce vin était sans intérêt. Il s'agissait d'un blanc pâle, plat et uniforme, sans opulence, assez représentatif des pratiques douteuses de certains négociants : les bouteilles n’étaient pas millésimées, car elles résultaient d'assemblages de récoltes différentes de marsanne 100 %. Le Chante-Alouette n’avait jamais entrevu la couleur du bois, pas même celle des caisses d'emballage, puisque le vin était livré en carton... (les Chapoutier avaient le culte du fût de châtaignier pour les vins rouges). Mais heureusement depuis, les choses ont considérablement changé. Chapoutier produisait aussi des Hermitage blancs millésimés, généralement issus de plusieurs cuvées vinifiées à des températures différentes. Le résultat n'était guère plus convaincant, malgré une politique orientée vers des vins de longue garde : récoltes très mûres, fermentations malo-lactiques. Certains étaient commercialisés sous le nom de "Mure de Larnage", nom d'une vieille famille noble de la région qui, avec les "de la Sizeranne", faisait commerce de vins. Max Chapoutier se fit le champion des mélanges de millésimes (aussi bien en blancs qu'en rouges), en développant et même en éditant 22 arguments pour les justifier ! Malheureusement pour lui, seul le plaisir final compte : en l’occurrence, il était nettement insuffisant. Heureusement, depuis la reprise en main de ses fils Michel et Marc vers la fin des années 80, ces anciennes méthodes ont radicalement changé : disparition des vins non millésimés, fermentations malo-lactiques, vieillissement en fûts de chêne, filtrage infime, création de cuvées de prestige issues de vignes très âgées et élevées en fut neuf ( des vins très chers ), réapparition de la Roussanne, etc... Une véritable référence : "L’Ermitage de l’Orée" alors que le "Chante-Alouette" est à mon avis moins élaboré mais toutefois incomparable à ce qu’il était il y a quelques années. En conclusion, Chapoutier, après avoir produit des Hermitage
calamiteux, est donc devenu aujourd’hui une référence incontestable
: c’est un véritable exploit dû, en quelques années,
au talent de Marc et Michel !
PAUL JABOULET AINE La maison, fondée en 1834, est propriétaire d’environ 30 ha de vignes d'Hermitage : 25 ha en rouge et 5 en blanc situés à La Croix. Elle est dirigée par Jacques Jaboulet, mais son père, Monsieur Louis ou Tonton Loulou, à l’âge de 78 ans, restait infatigable et tenait à donner son avis sur tout. Ses dirigeants sont les seuls à avoir su garder de vieux millésimes d'Hermitage rouges, par exemple un Hermitage La Chapelle 1961 (terroir élevé, proche de la chapelle de l’ermite) au nez somptueux et dont la bouche est capable de soutenir toutes les comparaisons. C’est le fleuron de la maison. Jaboulet possède beaucoup de vignes plantées en Marsanne. Les blancs sont mis en bouteilles très tôt (janvier qui suit la récolte). Les "malos" (fermentations malo-lactiques) sont volontairement bloquées. Pas d'élevage dans le bois, sauf depuis relativement peu de temps. Le Chevalier de Sterimberg est la marque de certains Hermitage blancs maison. Il est fait avec plus de 40% de marsanne, ce qui est assez rare, mais toutefois bien décevant. Néanmoins, les choses se sont récemment améliorées. Les vins de Jaboulet sont souvent très (trop) chers. Ses vins
rouges sont bien plus convaincants que ses blancs. (Très bons Crozes-Hermitage
rouges (Thalabert), presque meilleurs que certains de leurs Hermitage rouges...)
DELAS FRERES Vieille maison ardéchoise depuis 1835, Delas fut racheté en 1977 par les (excellents) champagnes Deutz. Modernisée, dépoussiérée, il y a encore des progrès à faire. Superficie en blanc : environ 1 ha. Le négociant Delas commercialise des Hermitage blancs et rouges
sous l'appellation "Cuvée Marquise de la Tourette", en hommage à
une vieille famille de Tournon à laquelle Delas loue des vignes.
L'Hermitage blanc 85 était acceptable. Le 86, décevant, fut
pourtant élaboré avec 40% de roussanne alors que le terroir
n’en comporte que 20 %. Comme ses concurrents, la maison a un peu progressé
et certains récents Hermitage blancs sont plus convaincants, par
exemple le 89. Toutefois, on est loin des sommets... d’autant que les nombreux
autres vins commercialisés par Delas sont souvent bien médiocres.
MARCEL GUIGAL Ce très célèbre propriétaire-négociant est l'auteur de légendaires Côte-Rôtie portant les noms de ‘La Mouline’, ‘La Landonne’ et ‘La Turque’, qui figurent sans aucun doute parmi les plus beaux vins rouges du Rhône. Certains parlent de La Turque comme de la Romanée-Conti du Rhône... Personnellement, j’ai un faible pour La Mouline. En tout cas, la réputation est devenue telle que ces vins sont inaccessibles et contingentés (merci Bob !). Il n’est pas rare que Marcel Guigal reçoive des chèques en blanc, accompagnés de mots du genre : "pour la quantité que vous pourrez, au prix que vous voudrez !" . Mêmes offres chez Gérard Chave. Guigal produit aussi des Hermitage rouges et blancs. Les meilleurs rouges
sont bons, mais les blancs nettement moins convaincants. Remarquables 1979
cependant. Guigal est avant tout un très grand vinificateur de vins
rouges, même si ses vins autres que les trois "Grâces" sont
de moins en moins intéressants et trop chers pour ce qu’ils sont
devenus. Le succès mondial n’y est sans doute pas étranger.
GERARD CHAVE Au sud de Tournon, sur la N 86 dans le petit village viticole de Mauves, on trouve, dans une rue peu pittoresque, une grosse bâtisse grise à la discrète enseigne en hauteur "J.L.Chave" et souvent un écriteau délavé cloué sur la porte : "Fermeture annuelle". De père en fils, les Chave sont vignerons dans la région depuis 1481. Gérard Chave, né en 1935, dirige actuellement le Domaine Jean-Louis Chave (prénom de son père et de son fils). Propriétaire de 12 ha dont 3 plantés en blanc, il produit depuis de très nombreuses années les plus beaux Hermitage blancs dont on puisse rêver. Réservé bien que très cultivé, n'ayant pas de temps à perdre en bavardages inutiles, c'est un perfectionniste, profondément attaché aux traditions des générations successives de cette très ancienne famille. Ses blancs sont issus de 80 % de marsanne et 20 % de roussanne. Ils ne sont jamais chaptalisés. Gérard Chave choisit très soigneusement ses chênes qui viennent du Limousin. La durée d'élevage dans le bois neuf peut varier sensiblement selon le millésime, selon la parcelle d'où vient le vin et même selon la barrique elle-même. Chave n'aime pas les vins dominés par le bois qui perdent leur personnalité (quand ils en ont une... "L'élevage bois est une mode récente qui s’est répandu dans le monde entier ; on peut trouver des publicités californiennes : "101 % bois neuf" ! pour des tisanes de bois insipides vendues à prix d'or ". L'Hermitage final est un subtil assemblage de diverses cuvées ; il est filtré par gravité, très légèrement collé et mis en bouteilles 18 mois en moyenne après les vendanges. Dans les bons millésimes, les vins blancs de Chave vieillissent remarquablement. Actuellement, les 1952 et 1967 sont sans doute les plus fastueux Hermitage blancs qu'on puisse déguster. Les 1929 sont, parait-il, encore superbes... Mais mieux vaut ne pas rêver. Ces merveilles sont à peu près introuvables, sauf dans la cave personnelle de Gérard Chave. Plus récemment, je recommande en particulier les 83 et 85. J’ai dégusté un 90 trop jeune mais qui semblait très prometteur. Bien qu'il produise aussi d’excellents Hermitage rouges, ceux-ci m’ont toujours semblé moins "bluffants" que les blancs. Gérard Chave, à l’inverse de Guigal, est le champion des blancs. Toutefois, son fils Jean-Louis a fait notablement progresser les rouges, notamment en poussant son père, avec l’aide de Guigal ;-), à utiliser plus de fûts neufs. De nombreux amateurs ou spécialistes ont tenté de l’inciter à produire des cuvées "spéciales". Il s’y décida avec réticence, pour ses vins rouges et depuis relativement peu de temps, sous le nom de Cuvée Cathelin, remarquable. Depuis longtemps déjà, il n’y a jamais de vin à vendre au Domaine. Toutefois, on parvient à en trouver chez certains cavistes parisiens qui profitent de la rareté pour adopter des marges très confortables ;-( Un autre mémoire serait nécessaire pour évoquer les vins de paille dont Gérard Chave a relancé la mode locale ancestrale dans les années 70. Depuis, d’autres ont suivi son exemple, mais les siens sont d’une concentration, d’une extraction et d’une complexité inoubliables, et ... introuvables, même dans les grands restaurants ; et ceci depuis la malheureuse disparition de Pierre Gagnaire dans son extraordinaire hôtel particulier de Saint-Etienne : il en proposait à des prix abordables. Ne pas confondre Gérard avec Bernard Chave à Mercurol,
propriétaires de 6 ha en Crozes-Hermitage..
JEAN-LOUIS GRIPPAT Vignerons depuis 10 générations, les Grippat ont un arbre généalogique qui remonte à 1670, mais toutefois moins loin que les Chave dont ils sont amis intimes. Timide, discret et même réservé bien que très actif, Jean-Louis Grippat préfère laisser parler ses vins à sa place. Il produit des Hermitage et des Saint-Joseph blancs et rouges. Il possède 1.5 ha d'Hermitage dont 1.2 ha de blanc (climat des Murets). Il prétend modestement qu’il est meilleur vinificateur de blancs que de rouges. C’est sans doute vrai pour ses Hermitage mais pas pour ses remarquables Saint-Joseph, qui sont sans doute les meilleurs qu’on puisse trouver, en blanc comme en rouge. Il est très réputé, à juste titre, pour la qualité, la finesse et l’élégance de ses Saint-Joseph rouges dont les 85, 88 et 90 sont de grandes bouteilles. Les 86, 87 ont été très flatteurs. Ses Hermitage blancs sont moins opulents et moins complexes que ceux de Gérard Chave, mais ils sont toujours amples et très élégants (85, 88, 89, 90). L’Hermitage blanc 95 sera sans doute une excellente réussite. Jean-Louis Grippat est probablement le meilleur rapport qualité/prix de l’Hermitage blanc. Surnommé "l'incorruptible", il produit, comme Gérard Chave,
un peu de vin de paille certaines années ; une pratique qui avait
à peu près disparu en Hermitage ainsi qu'en Alsace, alors
qu'on en produit encore dans la région du Jura : les grappes de
raisins les plus mûres sont conservées sur de la paille (d'où
le nom) ou bien sur des cagettes de bois pendant 2 à 3 mois, avant
d'être pressées puis vinifiées. On obtient ainsi des
vins liquoreux puissants, moelleux et gras, capables de se conserver presque
indéfiniment. Il n'y a pas de commercialisation, les rendements
étant ridicules et les prix de revient prohibitifs.
MARC et JEAN-MICHEL SORREL Fils d’Henri Sorrel qui fit la renommée de la maison, ils sont propriétaires d’environ 3 ha en Hermitage rouge et 2 ha en blanc. Une très grosse réputation pour la finesse de leurs blancs issus du climat des Rocoules et des Greffieux, plantés de Marsanne très âgée. Les rouges sont considérés comme très élégants. Etant donnés la réputation et les prix pratiqués,
je n'ai personnellement jamais été convaincu ni par ceux-ci,
ni par ceux-là... Mais c’est une opinion personnelle que certains
de mes amis ne partagent pas.
COOPERATIVE ou CAVE de TAIN-L'HERMITAGE Créée en 1933, cette cave coopérative "Union de Propriétaires de Tain" regroupe plus de sept cents adhérents dont les vignes représentent une superficie de plus de 1000 ha. Honorables Hermitage rouges pour les prix pratiqués. Les Saint-Joseph rouges sont souvent bons, particulièrement depuis les excellents 86 qui ont passés 3 mois en fûts neufs. L’œnologue qui dirige la cave, Michel Courtial, s'occupe de vins répartis sur cinq appellations : Hermitage, Crozes-Hermitage, Saint-Joseph, Cornas et Saint-Péray. Cette coopérative vinifie 65 % de l'appellation Crozes-Hermitage. Contrairement à ce que rapporte souvent la presse, les Hermitage
blancs peuvent se révéler désastreux... Les 86 étaient
absolument inqualifiables et ne pouvaient que ternir la réputation
de ce vin prestigieux. On frémit lorsqu'on apprend que la mention
"Cave coopérative" a sciemment disparu d'un certain nombre d'étiquettes,
pour permettre aux bouteilles de paraître sans trop rougir sur la
table de certains grands restaurants. Espérons que les sommeliers
dignes de ce nom goûteront avant d'acheter... Néanmoins, là
encore, les progrès réalisés récemment sont
suffisamment convaincants : les sommeliers n’auront plus de raisons d’être
honteux !
EXPERIENCES PLUS OU MOINS AGREABLES...
Union Vinicole, négociant-éleveur à Châteauneuf-du-Pape,
etc.
MILLESIMES Pas de millésime vraiment médiocre dans les années 80 pour les blancs. Toutefois, il s’agit, comme d’habitude, d’un barème général, des différences notables pouvant exister entre producteurs pour un même millésime : Années exceptionnelles 83 85 89 90 Très bonnes années : 80 81 82 88 95 96 Assez bonnes années : 84 86 87 92 94 Autres millésimes anciens, exceptionnels (pour les blancs) :
52,
55, 59, 62, 64, 66, 70, 71, 78
RESTAURANTS ‘Hermitagés’
Très grand choix de Jaboulet, Chapoutier, Chave, Sorrel, Grippat, etc. Vieux millésimes (61, 66), dont les prix ont augmenté dans des proportions considérables depuis 10 ans... Tous les 2 ans, Chave réserve une cuvée spécialement pour ce restaurant.
VINS CONCURRENTS L'Hermitage blanc n'a aucun véritable concurrent... ;-) En cas de manque, on peut se rabattre sur les vins de la région, issus de Marsanne et éventuellement de Roussanne :
ADRESSES Cave des Clairmonts Beaumont-Monteux - 26600 Tain-l'Hermitage 04 75.84.61.91 Cave coopérative 22 route de Larnage 26600 Tain-l'Hermitage 04 75.08.20.87 Chaboud Jean-François 21 rue Ferdinand-Malet 07130 Saint-Péray 04 75.40.31.63 Chapoutier 18 av Dr Paul Durand - 26600 Tain-l'Hermitage 04 75.08.28.65 Chave Gérard Mauves - 07300 Tournon 04 75.08.24.63 Coursodon Pierre place du Marché, Mauves - 07300 Tournon 04 75.08.29.27 Delas Frères L'Olivet, St-Jean-de-Muzols - 07300 Tournon 04 75.08.60.30 Graillot Alain 13 pl du Taurobole - 26600 Tain-l'Hermitage 04 75.07.17.93 Gripa Bernard RN 86 Mauves - 07300 Tournon 04 75.08.14.96 Grippat Jean-Louis La Sauva - 07300 Tournon 04 75.08.15.51 Guigal Marcel Ampuis - 69420 Condrieu 04 74.56.10.22 Jaboulet S.A. RN 7, La Roche de Glun - 26600 Tain-l'Hermitage 04 75.84.68.93 Sorrel 128 et 128 bis av Jean-Jaurès, 26600 Tain-l'Hermitage
04 75.07.10.07
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