La planète-vin / Le vin et vous[ Bas de la page | Page précédente | Table des matières ]
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Les vins et les sensLe vin possède des qualités intrinsèques, mais nous ne pouvons les percevoir qu'à travers nos sens, instruments de mesure imparfaits mais largement perfectibles avec un peu d'attention de notre part.Les sens les plus sollicités par le vin sont
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| Dégustation
: observation, mémoire, plaisir
Vous-en souvenez-vous ? Au cours du premier Bouillon de culture,
un oenologue reconnaissait le style Jaboulet dans un Hermitage dégusté
à l'aveugle. Il ne s'agit que d'un exemple : les experts,
dans les limites de leur domaine d'expertise, parviennent à identifier
à l'aveugle non seulement l'appellation mais aussi le terroir particulier
d'origine d'un vin, et parfois même le millésime.
C'est tout ?? C'est tout... mais ce n'est pas rien ! D'abord,
il faut déguster : boire peu, mais goûter de nombreux
vins. Et goûter en observant, en analysant les impressions
ressenties, de manière à les graver en mémoire.
Tenez, faites donc cette expérience toute simple : allez au supermarché le plus proche. Achetez-y cinq bouteilles : une de merlot, une de syrah, une de pinot noir, une de cabernet sauvignon, et une de cabernet franc. Ne prenez pas des vins d'appellations prestigieuses : des vins de pays seront parfaits pour cette expérience qui ne vous ruinera pas. L'important, c'est de prendre des vins issus d'un seul cépage, et très jeunes. Réunissez quelques amis, donnez leur chacun cinq verres. Goûtez et comparez les cinq vins. Autant que possible, notez vos observations. Puis, partagez vos impressions. Ecoutez bien vos amis, et vérifiez si vous pouvez trouver dans ces vins ce qu'eux-mêmes semblent y trouver. N'abandonnez pas pour autant votre esprit critique. Et voilà ! Vous avez accompli deux démarches importantes
:
Cette expérience sans prétention oenologique va vous enrichir par deux ou trois révélations. Tout d'abord, la facilité avec laquelle vous allez distinguer les vins goûtés et identifier leurs caractères principaux. Puis, la difficulté pour exprimer vos impressions. Enfin, peut-être une certaine disparité des réactions au sein de votre petit groupe. Que peut-on en conclure ? Premièrement : sans entraînement, mais avec
un brin d'attention, vous avez pu sans doute possible faire la différence
entre les principaux cépages rouges. Désormais, vous
êtes capables de reconnaître de tels vins dégustés
à l'aveugle. "A quoi çà sert ?", direz-vous,
"je ne déguste pas à l'aveugle". Détrompez-vous
: vous dégusterez souvent à l'aveugle, même si
vous voyez l'étiquette. Car il vous arrivera souvent d'être
en présence d'une bouteille dont l'étiquette, pourtant conforme
à la réglementation, ne vous informera guère.
Attention cependant : ne pas confondre à l'aveugle et aveuglement
par l'étiquette ou les préjugés...
Et le plaisir, dans tout çà ?
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La vueLes principaux aspects visuels du vin sont la limpidité et l'éclat, la couleur et la densité dans la couleur.Limpidité : ne pas confondre limpidité et
transparence. Un vin peut être opaque s'il est riche en
couleur, tout en restant limpide. Mais toutes deux s'apprécient
par observation, à travers le vin, d'une source lumineuse ou
d'un fond clair (à table, ce sera la nappe, discrètement...).
Couleur : qualifier un vin par l'une des trois couleurs fondamentales (blanc, rosé, rouge) est une simplification pratique; les vins sont capables de nombreuses teintes dans chaque couleur.
On peut aussi observer :
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L'odoratL'intensité et la durée des impressions olfactives sont capitales dans la dégustation. Cependant, nous avons le plus grand mal à en parler, faute d'un vocabulaire suffisamment précis tout en demeurant pratique. Les arômes sont tellement nombreux qu'une classification s'impose. Les classifications existantes, à l'usage de spécialistes tels que les parfumeurs et les chimistes, ne sont pas adaptées à notre propos.Une commission de l'AFNOR travaille à établir un vocabulaire rigoureux et d'emploi aisé. En attendant, voici une classification précise et détaillée (sinon exhaustive !) :
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Les arômesOn a identifié quelques six cents arômes au-dessus des vins. Un vin donné contient en moyenne trois cents composés aromatiques, dont sept en concentration suffisante pour être décelés par un nez exercé. Et pourtant, la masse totale des composés aromatiques dans un litre de vin est inférieure à un gramme...Par exemple, le goût de bouchon est dû au 2-4-6 trichloranisol, souvent issu de la décomposition de la lignine lors du blanchiment au chlore des bouchons. Quatre-vingt dix milliardièmes de gramme dans un litre de vin sain par ailleurs suffisent à le rendre détectable. L'arôme de la rose est dû à l'expression conjuguée de l'alcool phényléthylique, du géraniol, du citronlillol, du nérol, du linalol, du farnésol. Et celui de la pomme vient du caproate d'éthyle, de l'acide caproïque et du malate d'éthyle. Les arômes n'apparaissent pas dans n'importe quel ordre :
après un certain âge, de l'ordre de deux à cinq ans (parfois davantage), un vin évolue, passant des arômes primaires aux arômes secondaires. Le vin est décevant pendant la période où cette évolution bat son plein. Arômes variétauxIls dépendent du cépage, du sol, et du millésime, et se manifestent chez les vins jeunes.
Arômes secondairesLes arômes secondaires sont produits par les levures lors de la fermentation, laquelle décuple l'apport aromatique initial. La formule chimique générale est d'une étonnante simplicité pour un phénomène dont la complexité et la diversité n'ont pas fini de nous enchanter :Acide + alcool -> ester Les esters légers ont une odeur fruitée. Par exemple, l'acétate d'isoamyle et le butyrate d'éthyle donnent le goût de banane; le propionate d'éthyle donne le goût de pomme. Les esters lourds sont générés surtout par la fermentation malolactique. Exemple : caproate et caprylate d'éthyle donnent le goût de noisette et de beurre. Parmi les arômes secondaires, les plus fréquemment rencontrés sont :
Arômes de vieillissementCertains vins -tels que les Vins Doux Naturels du Roussillon, le Vin Jaune, etc.- sont soumis à un élevage oxydatif. Ils développent alors un bouquet évoquant la pomme, l'amande, la noix, ou encore le cacao, mais n'évoluent plus en bouteille.Au contraire, le bouquet (ou fumet) de la plupart des vins de garde
est dû à des phénomènes de réduction
en bouteille : remaniement des esters, apparition de produits lourds
tels que les aldéhydes. Le bouquet évoque souvent des senteurs boisées (pin, résine, bois de santal des Graves rouges), ou animales (musc, fourrure, venaison, chez de nombreux vins âgés). Mais la gamme des arômes de vieillissement est très vaste. On rencontre couramment le miel (dû à la combinaison des dérivés de la quinoléine avec de l'acide phényl-acétique et ses esters), le goudron, le café, le fumé, la truffe, le champignon, la violette, la rose, l'amande amère, la cerise, la fraise, etc. |
Le toucherLa langue et les gencives nous renseignent sur la température, l'effervescence éventuelle, la densité (fluidité, viscosité, concentration) et l'astringence du vin, et même sur la finesse ou la grossièreté des tanins. |
Le goûtGrâce à Brillat-Savarin, nous savons que la langue distingue quatre saveurs principales :
Les professionnels de la dégustation sont capables d'analyser
finement les quatre composantes participant à l'équilibre
du vin : acidité, douceur, astringence, et richesse alcoolique.
Un vin ne peut vieillir que s'il a au départ au moins quatre grammes d'acidité par litre. L'acidité est fournie principalement par les acides tartrique, malique, lactique, citrique, succinique, et acétique. Selon l'acidité, le vin sera : Due à la présence de sucre, elle est surtout le fait des blancs, de certains rosés, et de quelques (rares) rouges. Due aux tanins, elle est le fait des rouges. L'équilibre du vin résulte du concours de ces composantes. Plus exactement :
Des tanins mûrs, une bonne acidité, et un moelleux suffisant pour les compenser, donnent les vins de grande garde. Après analyse de chaque composante, les professionnels tentent de synthétiser l'impression qui se dégage du vin. Voici le glossaire des principaux termes permettant de décrire les vins corrects :
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| Dégustation
: éloge de l'amateurisme
On a vu dans "Observation, mémoire, plaisir", avec quelle facilité
un groupe de novices peut se constituer en club oenophile et procéder
à sa première dégustation.
Il en est de même pour votre club : sans l'aide d'un guide ou d'un maître, il risque d'errer lamentablement. Il vous faut quelqu'un capable de vous apprendre à identifier et nommer les caractères de base des vins mono-cépage, puis les variations et combinaisons de ces caractères, et les multiples influences du terroir, de la vinification, et du vieillissement. Puis à déchiffrer les vins d'assemblage, intégrer les facteurs extrinsèques (conditions de la dégustation), apprécier (et accepter) la part de subjectivité inhérente au dégustateur lui-même. Vaste programme ! C'est le moment de se poser la question :
pourquoi déguster, en quoi la dégustation vous concerne-t-elle
?
Est-ce en professionnel ? Vous vous destinez peut-être à devenir vigneron, maître de chai, oenologue, ou sommelier, à moins que ce ne soit courtier en vins ? Dans ce cas, suivez la formation correspondante. Elle comprend, ou devrait comprendre, un apprentissage de la dégustation adapté aux besoins de la profession. Boire y est exclu, et rigoler y est considéré comme peu compatible avec le sérieux exigé de professionnels (vous connaissez beaucoup de sommeliers plaisantins, vous ?). Ou bien est-ce en amateur ? Dans ce cas...
Ainsi, l'amateur passionné se plie au long et difficile apprentissage
de la dégustation dans des conditions fort éloignées
de celles habituellement rencontrées à la table. Cela
n'est-il pas admirable, et ne méritait-il pas un éloge ?
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Pour en savoir plusDeux adresses, où vous trouverez toutes les autres : - TBM"s
Wine Links, compilation extraordinaire
réalisée par Th. & B. Marti, |
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