La planète-vin / Le vin et vous

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Les vins et les sens

Le vin possède des qualités intrinsèques, mais nous ne pouvons les percevoir qu'à travers nos sens, instruments de mesure imparfaits mais largement perfectibles avec un peu d'attention de notre part.

Les sens les plus sollicités par le vin sont

  • d'abord la vue,
  • puis l'odorat (avant ingestion),
  • et enfin le goût, rejoint à nouveau par l'odorat, mais cette fois en rétro-olfaction,
mais le toucher participe aussi à la fête, et les effervescents réussissent l'exploit de nous parler par l'intermédiaire de leurs bulles.

 
Dégustation :  observation, mémoire, plaisir 

Vous-en souvenez-vous ?  Au cours du premier Bouillon de culture, un oenologue reconnaissait le style Jaboulet dans un Hermitage dégusté à l'aveugle.  Il ne s'agit que d'un exemple :  les experts, dans les limites de leur domaine d'expertise, parviennent à identifier à l'aveugle non seulement l'appellation mais aussi le terroir particulier d'origine d'un vin, et parfois même le millésime. 
Comment font-ils ?  C'est essentiellement une affaire de mémoire olfactive et gustative, servie par une observation attentive au cours de la dégustation.  Il y faut trois conditions que tout amateur peut remplir sans être bardé de diplômes : déguster, observer, mémoriser. 

C'est tout ??  C'est tout... mais ce n'est pas rien !  D'abord, il faut déguster :  boire peu, mais goûter de nombreux vins.  Et goûter en observant, en analysant les impressions ressenties, de manière à les graver en mémoire. 
"Vous n'avez jamais appris à goûter ?  Raison de plus pour commencer tout de suite !" affirmait plaisamment Jacques Puisais, créateur de l'Institut du Goût.  "Rien de plus simple :  il ne s'agit que de mémoriser des odeurs et des goûts". 
Notre mémoire gustative est plus développée qu'on ne le pense, et la mémoire olfactive l'est beaucoup plus encore.  Certaines personnes bénéficient de sens très affûtés, mais chacun est beaucoup plus doué qu'il ne s'en doute, et ses dons n'attendent qu'un peu de pratique pour se révéler. 

Tenez, faites donc cette expérience toute simple :  allez au supermarché le plus proche.  Achetez-y cinq bouteilles :  une de merlot, une de syrah, une de pinot noir, une de cabernet sauvignon, et une de cabernet franc.  Ne prenez pas des vins d'appellations prestigieuses :  des vins de pays seront parfaits pour cette expérience qui ne vous ruinera pas.  L'important, c'est de prendre des vins issus d'un seul cépage, et très jeunes.  Réunissez quelques amis, donnez leur chacun cinq verres.  Goûtez et comparez les cinq vins.  Autant que possible, notez vos observations.  Puis, partagez vos impressions.  Ecoutez bien vos amis, et vérifiez si vous pouvez trouver dans ces vins ce qu'eux-mêmes semblent y trouver.  N'abandonnez pas pour autant votre esprit critique. 

Et voilà !  Vous avez accompli deux démarches importantes : 
- vous avez perçu les différences entre les principaux cépages rouges, et cet enseignement vous servira toujours; 
- et vous avez fondé, joyeusement, votre club oenophile. 
Il ne vous reste qu'à convenir d'une date pour la prochaine réunion qui aura pour objet, par exemple, la comparaison des principaux cépages blancs...  Et à baptiser votre club :  ce sera l'occasion de vérifier que le vin, en quantité modérée, inspire l'esprit;  mais cela, vous le saviez déjà ! 

Cette expérience sans prétention oenologique va vous enrichir par deux ou trois révélations.  Tout d'abord, la facilité avec laquelle vous allez distinguer les vins goûtés et identifier leurs caractères principaux.  Puis, la difficulté pour exprimer vos impressions.  Enfin, peut-être une certaine disparité des réactions au sein de votre petit groupe.  Que peut-on en conclure ? 

Premièrement :   sans entraînement, mais avec un brin d'attention, vous avez pu sans doute possible faire la différence entre les principaux cépages rouges.  Désormais, vous êtes capables de reconnaître de tels vins dégustés à l'aveugle.  "A quoi çà sert ?", direz-vous, "je ne déguste pas à l'aveugle".  Détrompez-vous :  vous dégusterez souvent à l'aveugle, même si vous voyez l'étiquette.  Car il vous arrivera souvent d'être en présence d'une bouteille dont l'étiquette, pourtant conforme à la réglementation, ne vous informera guère.  Attention cependant :  ne pas confondre à l'aveugle et aveuglement par l'étiquette ou les préjugés... 
Deuxièmement :  le dégustateur est handicapé par l'indigence de son vocabulaire.  Les mots sont incapables d'exprimer exactement et précisément le caractère aromatique et gustatif des vins, et -a fortiori- de rendre la diversité et la subtilité des nuances distinctives des terroirs, des millésimes, et de la patte du vigneron. 
Troisièmement :  personne n'a l'exclusivité du bon goût.  C'est votre droit de trouver tel vin bon, et de ne pas aimer tel autre.  Et c'est en quelque sorte un devoir envers vous-même de prendre conscience de vos préférences.  La dégustation comparative, loin d'être un exercice réservé aux professionnels et aux snobs, est un moyen puissant pour accélérer votre apprentissage.  Tout comme une cuisine variée, la dégustation de vins les plus divers possibles est nécessaire à l'éducation du palais et l'enrichissement du goût. 

Et le plaisir, dans tout çà ? 
Il y a d'abord le plaisir immédiat trouvé dans la dégustation d'un bon vin (ne pas attendre trop de la première expérience décrite ci-dessus...). 
Il y a aussi le plaisir que donne une réunion de bons amis;  c'est que le vin a une fonction sociale. 
Il y a enfin une autre sorte de plaisir, plus intellectuel, qui va de pair avec vos progrès en connaissance du vin.  Celui-là se manifeste pour la première fois le jour où vous reconnaissez dans une bouteille un vin déjà mémorisé.  Ce premier succès fortifie votre motivation à observer plus attentivement les vins rencontrés.  Votre attention se montre rapidement payante en aidant votre mémoire, laquelle vous rembourse largement en plaisir. 
Vous avez lancé un mécanisme qui s'auto-entretient :  observation, mémoire, plaisir ! 
 


La vue

Les principaux aspects visuels du vin sont la limpidité et l'éclat, la couleur et la densité dans la couleur.

Limpidité :  ne pas confondre limpidité et transparence.  Un vin peut être opaque s'il est riche en couleur, tout en restant limpide.  Mais toutes deux s'apprécient par observation, à travers le vin, d'une source lumineuse ou d'un fond clair (à table, ce sera la nappe, discrètement...).
Les degrés dans la limpidité vont du trouble au cristallin, en passant par le louche, le voilé, le limpide, et le brillant.  Un beau vin sera évidemment limpide, brillant, ou cristallin, tout autre aspect dénotant un défaut.
Des traînées soyeuses indiquent la "tourne", la piqûre lactique.  Un trouble nébuleux est un symptôme de casse hydrolasique, un trouble opalin celui de la casse blanche, et un trouble bleuâtre trahit la casse bleue (excès de fer).

Couleur :  qualifier un vin par l'une des trois couleurs fondamentales (blanc, rosé, rouge) est une simplification pratique;  les vins sont capables de nombreuses teintes dans chaque couleur.

  • Blancs
    • incolores (vinho verde, certains italiens)
    • jaunes : pâle, vert, citron, paille
    • or : pâle, soutenu
  • Rosés
    • gris,
    • franc,
    • pelure d'oignon,
    • saumon,
    • corail,
    • cerise
  • Rouges
    • vermillon,
    • rubis,
    • pourpre,
    • grenat,
    • violet.
Les professionnels de la dégustation (et les amateurs entraînés) sont capables de qualifier la saturation plus ou moins prononcée de chaque teinte :  légère, soutenue, intense, profonde, ou foncée.

On peut aussi observer :

  • l'effervescence des mousseux; taille et vitesse des bulles, vivacité et persistance de la mousse...
  • la marge :  quand on incline le verre, on remarque qu'une zone à la périphérie du ménisque est plus faiblement colorée; c'est la marge, dont la taille varie d'un à trois millimètres selon les vins.  Plus le vin est dilué, plus la marge est large; plus elle est mince, plus il est probable que le vin va s'avérer concentré.  Ce renseignement visuel sera corroboré par la bouche, selon que le vin s'y montre plus ou moins persistant;
  • les "jambes" du vin : ces traces sur le verre que l'on vient de vider ne marquent pas la présence de glycérine, contrairement à une idée trop répandue; parce que le vin ne contient pas de glycérine, mais du glycérol (en toute petite quantité); mais le glycérol n'est pas non plus la cause des jambes du vin; la véritable cause est un phénomène physique dû aux différences de volatilité et de capillarité de l'eau et de l'éthanol;
  • éventuellement, des gouttes fines adhérant aux parois du verre :  le vin "pleure", phénomène fréquent chez les vieux vins.  Si le vin pleure exagérément, cela peut être l'indice d'un excès de colle ou de la présence de bactéries responsables de la "graisse".

L'odorat

L'intensité et la durée des impressions olfactives sont capitales dans la dégustation.  Cependant, nous avons le plus grand mal à en parler, faute d'un vocabulaire suffisamment précis tout en demeurant pratique.  Les arômes sont tellement nombreux qu'une classification s'impose.  Les classifications existantes, à l'usage de spécialistes tels que les parfumeurs et les chimistes, ne sont pas adaptées à notre propos.

Une commission de l'AFNOR travaille à établir un vocabulaire rigoureux et d'emploi aisé. En attendant, voici une classification précise et détaillée (sinon exhaustive !) :

  • Floral
    • Fleur d'oranger
    • Géranium
    • Linalol
    • Rose
    • Violette
  • Epicé
    • Anis
    • Basilic
    • Cannelle
    • Clou de girofle
    • Gingembre
    • Laurier
    • Muscade
    • Poivre
    • Réglisse
  • Fruité
    • Agrumes :  citron, mandarine, orange, pamplemousse, etc.
    • Baies :  cassis, framboise, fraise, mûre, etc.
    • Fruits à noyau :  abricot, cerise, pêche, etc.
    • Fruits à pépins :  groseille, poire, pomme, etc.
    • Raisins :  lambrusca, muscat, etc.
    • Fruits exotiques :  ananas, banane, fruit de la passion, litchi, melon, etc.
    • Fruits secs :  figue, pruneau, raisin sec, etc.
    • Autres :  arôme artificiel de fruit, grenadine, etc.
  • Caramélisé
    • Caramel :  café, caramel au beurre, chocolat, confiture de fraise, diacétyle, mélasse, Miel, Soja
    • Brûlé (empyreumatique) :  amande grillée, café grillé, croûte de pain, cuir, fumé, etc.
  • Fruits à coque
    • Amande
    • Noisette
    • Noix
  • Végétal
    • Frais :  eucalyptus, herbacé, menthe, poivron, rafle de raisin, etc.
    • Légumes :  artichaut, asperge, haricot vert, olive, etc.
    • Sec :  foin, paille, tabac, thé, etc.
  • Boisé
    • Phénolique :  phénol, vanille, etc.
    • Résineux (balsamiques) :  cèdre, pin, etc.
    • Autres :  chêne européen, chêne américain, liège, etc.
  • Terreux
    • Terreux :  champignon, ciment, poussiéreux, etc.
    • Moisi :  bouchon moisi, mildiou, etc.
  • Chimique
    • Hydrocarbures :  gasoil, goudron, kérosène, plastique, etc.
    • Soufre :  ail, allumette brûlée, caoutchouc, choux, hydrogène sulfureux, laine mouillée, goût de "lumière", mercaptan, musc, oignon, poisson, etc.
    • Papier :  carton pâte, filtre (cellulose), papier mâché, etc.
    • Piquant :  acétate d'éthyle, acide acétique, anhydride sulfureux, éthanol, etc.
    • Autres :  acide scorbique, alcools supérieurs, iode, savon, etc.
  • Oxydé
    • Acétaldéhyde
  • Microbiologique
    • Levure :  levure, lie de vin
    • Fermentaire :  acide butyrique, acide lactique, choucroute, sueur, etc.
    • Autres :  cheval, souris, etc.

Les arômes

On a identifié quelques six cents arômes au-dessus des vins.  Un vin donné contient en moyenne trois cents composés aromatiques, dont sept en concentration suffisante pour être décelés par un nez exercé.  Et pourtant, la masse totale des composés aromatiques dans un litre de vin est inférieure à un gramme...

Par exemple, le goût de bouchon est dû au 2-4-6 trichloranisol, souvent issu de la décomposition de la lignine lors du blanchiment au chlore des bouchons.  Quatre-vingt dix milliardièmes de gramme dans un litre de vin sain par ailleurs suffisent à le rendre détectable.

L'arôme de la rose est dû à l'expression conjuguée de l'alcool phényléthylique, du géraniol, du citronlillol, du nérol, du linalol, du farnésol.  Et celui de la pomme vient du caproate d'éthyle, de l'acide caproïque et du malate d'éthyle.

Les arômes n'apparaissent pas dans n'importe quel ordre :

  • tout d'abord les arômes primaires, ou arômes variétaux,
  • puis les arômes secondaires, issus de la fermentation,
  • et enfin les arômes tertiaires, ou arômes de vieillissement (le bouquet).
Période de "fermeture" d'un vin :
après un certain âge, de l'ordre de deux à cinq ans (parfois davantage), un vin évolue, passant des arômes primaires aux arômes secondaires. Le vin est décevant pendant la période où cette évolution bat son plein.

Arômes variétaux

Ils dépendent du cépage, du sol, et du millésime, et se manifestent chez les vins jeunes.
  • Arômes fruités
    • la banane domine souvent dans le Beaujolais,
    • le litchi dans le Gewurztraminer,
    • la framboise se manifeste souvent dans les vins de la Côte de Nuits, ainsi que dans ceux de cabernet franc,
    • la groseille et le cassis dans les vins de gamay.
  • Arômes floraux
    • la violette est typique des jeunes vins de syrah,
    • la pivoine est présente dans certains Bordeaux jeunes, mais surtout caractérise les Crus du Beaujolais (Chenas, Fleurie),
    • la citronnelle est l'une des composantes aromatiques des Muscat,
    • le tilleul et l'acacia se manifestent dans certains blancs tels que Vouvray, Sauternes, Saint-Péray.
  • Arômes végétaux
    • Poivre, vanille, chêne, foin coupé, etc.,
    • le poivron vert est typique du cabernet sauvignon et du cabernet franc,
    • la paille fermentée se rencontre chez certains Cahors,
    • l'humus, le sous-bois, sont fréquents chez les Pomerol.

Arômes secondaires

Les arômes secondaires sont produits par les levures lors de la fermentation, laquelle décuple l'apport aromatique initial.  La formule chimique générale est d'une étonnante simplicité pour un phénomène dont la complexité et la diversité n'ont pas fini de nous enchanter :
     Acide + alcool -> ester

Les esters légers ont une odeur fruitée. Par exemple, l'acétate d'isoamyle et le butyrate d'éthyle donnent le goût de banane; le propionate d'éthyle donne le goût de pomme.

Les esters lourds sont générés surtout par la fermentation malolactique.  Exemple : caproate et caprylate d'éthyle donnent le goût de noisette et de beurre.

Parmi les arômes secondaires, les plus fréquemment rencontrés sont :

  • ceux de fruits secs : la noisette du chardonnay, la noix du Vin Jaune, etc.
  • ceux d'herbes ou d'épices : romarin, basilic, thym et laurier, se rencontrent chez de nombreux vins méditerranéens; le poivre apparaît dans les vins de syrah; la vanille et la girofle dans les vins élevés en fûts.

Arômes de vieillissement

Certains vins -tels que les Vins Doux Naturels du Roussillon, le Vin Jaune, etc.- sont soumis à un élevage oxydatif. Ils développent alors un bouquet évoquant la pomme, l'amande, la noix, ou encore le cacao, mais n'évoluent plus en bouteille.

Au contraire, le bouquet (ou fumet) de la plupart des vins de garde est dû à des phénomènes de réduction en bouteille : remaniement des esters, apparition de produits lourds tels que les aldéhydes.
L'acétaldéhyde, au goût de noix, est manifeste dans le Château-Chalon.

Le bouquet évoque souvent des senteurs boisées (pin, résine, bois de santal des Graves rouges), ou animales (musc, fourrure, venaison, chez de nombreux vins âgés).

Mais la gamme des arômes de vieillissement est très vaste. On rencontre couramment le miel (dû à la combinaison des dérivés de la quinoléine avec de l'acide phényl-acétique et ses esters), le goudron, le café, le fumé, la truffe, le champignon, la violette, la rose, l'amande amère, la cerise, la fraise, etc.


Le toucher

La langue et les gencives nous renseignent sur la température, l'effervescence éventuelle, la densité (fluidité, viscosité, concentration) et l'astringence du vin, et même sur la finesse ou la grossièreté des tanins.

Le goût

Grâce à Brillat-Savarin, nous savons que la langue distingue quatre saveurs principales :
  • le sucré, détecté par le bout de la langue, est la première saveur ressentie, mais ne procure qu'une sensation fugace;
  • le salé, auquel les côtés de la langue sont sensibles, intervient rarement dans le vin (le Xérès Fino est un exemple de vin légèrement salé);
  • l'acide, ressenti par les papilles latérales de la face supérieure de la langue, apparaît quelques secondes après le sucré, et dure un peu plus longtemps;
  • l'amertume (ou astringence) se manifeste à la partie postérieure de la langue, plus tardivement, mais persiste après les autres.
Depuis Brillat-Savarin, notre connaissance de la physiologie du goût a progressé, et nous avons découvert que la langue procède à la fois plus globalement, et plus analytiquement.  Par exemple, elle est capable de distinguer certaines origines du sucre : betterave, canne à sucre.

Les professionnels de la dégustation sont capables d'analyser finement les quatre composantes participant à l'équilibre du vin : acidité, douceur, astringence, et richesse alcoolique.
Le vocabulaire de la dégustation permet de qualifier chaque composante dans ses nuances :

  • Richesse alcoolique
    • aqueux,
    • faible,
    • maigre,
    • léger,
    • de corps moyen,
    • plein,
    • ample,
    • généreux,
    • chaleureux,
    • capiteux,
    • lourd,
    • alcoolique,
    • chaud.
  • Acidité

  • Un vin ne peut vieillir que s'il a au départ au moins quatre grammes d'acidité par litre.  L'acidité est fournie principalement par les acides tartrique, malique, lactique, citrique, succinique, et acétique.  Selon l'acidité, le vin sera :
    • plat,
    • mou,
    • tendre,
    • souple,
    • frais,
    • net (juste ce qu'il faut),
    • vif,
    • nerveux,
    • ferme,
    • dur,
    • pointu,
    • vert,
    • acidulé,
    • acide.
  • Douceur

  • Due à la présence de sucre, elle est surtout le fait des blancs, de certains rosés, et de quelques (rares) rouges.
    • Extra-sec,
    • sec,
    • demi-sec,
    • demi-doux,
    • doux,
    • moelleux,
    • liquoreux.
    Conventionnellement, en France, l'échelle quantitative est :
    • sec : moins de 4 grammes de sucre par litre,
    • demi-sec : de 4 à 12 grammes,
    • doux : de 12 à 45,
    • moelleux : 30 à 45,
    • liquoreux : plus de 45 grammes par litre.
  • Astringence

  • Due aux tanins, elle est le fait des rouges.
    • informe,
    • grain fin,
    • gouleyant, coulant,
    • rond,
    • riche,
    • charpenté,
    • tannique,
    • ferme,
    • dur, rude, rugueux, rêche, âpre,
    • grossier,
    • végétal,
    • goût de rafles,
    • astringent.
Equilibre du vin :

L'équilibre du vin résulte du concours de ces composantes.  Plus exactement :

  • chez les blancs (qui sont dépourvus de tanins) l'équilibre vient des influences opposées de l'acidité et du moelleux (du sucre).  L'alcool intervient pour atténuer une influence trop marquée de l'une ou de l'autre composante;
  • chez les rouges secs, l'acidité et l'astringence s'associent pour combattre le moelleux dû à l'alcool; chez les doux, le sucre ajoute son influence à celle de l'alcool.
L'astringence est la composante la plus évolutive de l'équilibre d'un vin : en prenant de l'âge, les tanins perdent de leurs aspérités, jusqu'à devenir ronds et soyeux.  Les autres composantes évoluent peu au cours du vieillissement.
Des tanins mûrs, une bonne acidité, et un moelleux suffisant pour les compenser, donnent les vins de grande garde.

Après analyse de chaque composante, les professionnels tentent de synthétiser l'impression qui se dégage du vin. Voici le glossaire des principaux termes permettant de décrire les vins corrects :

  • ample : harmonieux, et qui emplit bien la bouche;
  • capiteux : dont la forte richesse en alcool porte à la tête;
  • chaleureux : dont l'alcool donne une sensation de chaleur prononcée mais sans excès;
  • charnu : à la fois tannique et moelleux; impression de bonne densité en bouche, sans aspérité;
  • charpenté : harmonieusement tannique, apte au vieillissement;
  • coulant : agréablement souple, glissant bien dans la bouche;
  • corsé : riche en alcool mais bien constitué (charpente et chair);
  • dur : excès d'acidité ou d'astringence; fréquent chez les vins jeunes, ce caractère s'atténue avec l'âge;
  • épanoui : qui a développé son bouquet;
  • équilibré : acidité et moelleux (plus tanin chez les rouges) se compensent avec bonheur pour faire un vin harmonieux, bien constitué;
  • féminin : léger et tendre;
  • frais : dont l'acidité donne une agréable sensation de fraîcheur;
  • friand : frais et fruité;
  • généreux : riche en alcool, mais pas au point d'être fatigant;
  • gouleyant : synonyme de coulant;
  • gras : quasi-synonyme d'onctueux;
  • moelleux : désigne soit un blanc très doux sans être liquoreux, soit un vin gras, souple, peu acide;
  • nerveux : qui marque le palais par son acidité et son astringence, mais sans excès;
  • onctueux : agréablement moelleux et gras en bouche;
  • puissant : dont tous les caractères sont développés; à la fois plein, corsé, généreux, et bouqueté;
  • riche : coloré, généreux, puissant (sauf peut-être en ce qui concerne le bouquet), tout en demeurant dans les limites de l'équilibre;
  • rond : souple et moelleux; pas d'aspérité due à l'acidité ou à l'astringence;
  • souple : coulant, au moelleux prononcé l'emportant sur l'astringence;
  • soyeux : velouté, souple, coulant et élégant;
  • viril : charpenté, corsé, puissant.
Voilà ! Vous êtes maintenant armé de connaissances qui vont vous faciliter la lecture des chapitres suivants. Et surtout, vous voilà muni du vocabulaire nécessaire pour exprimer et partager vos impressions gustatives.  Ce devrait être un plaisir.  Il vous arrivera cependant de croiser certains amateurs, parmi les plus acharnés et les plus connaisseurs, qui aimeraient nous faire croire que leur vie n'est pas un long fleuve tranquille.  A leur endroit, j'ai écrit ce petit article qui -je l'espère- vous fera sourire.

 

Dégustation :  éloge de l'amateurisme 

On a vu dans "Observation, mémoire, plaisir", avec quelle facilité un groupe de novices peut se constituer en club oenophile et procéder à sa première dégustation. 
Stop !  Les choses ne sont pas si simples, vous dira-t-on.  Il faut un mentor à votre club, oenologue ou oenophile expérimenté.  Un groupe d'enfants ne fait pas une classe.  Réunissez des enfants de cinq ans et présentez leur l'alphabet :  les enfants distingueront les différentes lettres de l'alphabet, mais ne réussiront pas à apprendre à lire seuls.  L'aide d'une personne sachant déjà lire leur est indispensable.  En outre, on attend de cette personne qu'elle se comporte en adulte (ce qui implique un certain sens des responsabilités) et on la préfère un tant soit peu pédagogue.  Sous la houlette de cet enseignant, la plupart des enfants se montreront capables d'identifier et nommer les lettres, puis de prononcer les syllabes, d'apprendre la signification des mots, pour en arriver progressivement à comprendre les phrases.  Après avoir ânonné quelque temps, ils en arriveront à lire couramment. 

Il en est de même pour votre club :  sans l'aide d'un guide ou d'un maître, il risque d'errer lamentablement.  Il vous faut quelqu'un capable de vous apprendre à identifier et nommer les caractères de base des vins mono-cépage, puis les variations et combinaisons de ces caractères, et les multiples influences du terroir, de la vinification, et du vieillissement.  Puis à déchiffrer les vins d'assemblage, intégrer les facteurs extrinsèques (conditions de la dégustation), apprécier (et accepter) la part de subjectivité inhérente au dégustateur lui-même. 

Vaste programme !  C'est le moment de se poser la question :  pourquoi déguster, en quoi la dégustation vous concerne-t-elle  ? 
Autant la dégustation est un exercice incontournable chez les professionnels de la filière vin, autant son utilité chez les amateurs doit être relativisée, ce qui ne veut pas dire minimisée.  Les moyens mis en oeuvre par les uns et les autres sont similaires :  ce sont les buts qui diffèrent.  La dégustation professionnelle est un exercice analytique au service du vin et des clients.  La dégustation d'amateur est un exercice pédagogique au service exclusif de l'amateur lui-même.  Alors que le professionnel s'efforce d'ajouter de la valeur, l'amateur vise à l'en extraire pour son plaisir.  
Je repose donc la question :  en quoi la dégustation vous concerne-t-elle ? 

Est-ce en professionnel ?  Vous vous destinez peut-être à devenir vigneron, maître de chai, oenologue, ou sommelier, à moins que ce ne soit courtier en vins ?  Dans ce cas, suivez la formation correspondante.  Elle comprend, ou devrait comprendre, un apprentissage de la dégustation adapté aux besoins de la profession.  Boire y est exclu, et rigoler y est considéré comme peu compatible avec le sérieux exigé de professionnels (vous connaissez beaucoup de sommeliers plaisantins, vous ?). 

Ou bien est-ce en amateur ?  Dans ce cas... 
Vous apprendrez que le goût et l'odorat sont plus affûtés à certaines heures, mais que vous êtes rarement disponible à ces moments privilégiés.  A part quelques exceptions, le vin est conçu pour être bu à table;  il  n'est alors jamais consommé aux moments les plus favorables à la dégustation. 
On vous priera de fourrer votre nez non pas dans les affaires d'autrui, mais dans des verres spéciaux fort peu pratiques pour boire, que vous ne rencontrerez donc pas à la table. 
On vous dira que ces verres doivent être parfaitement propres et inodores;  à table, les verres seront parfois propres, rarement dénués d'odeur, exceptionnellement aux normes de l'INAO. 
On vous enseignera que les vins ne se dégustent pas dans n'importe quel ordre, et que chaque type de vin doit être dégusté à une température idéale;   à table, la liqueur bacchique vous sera servie à une température sub-optimale, sinon subtropicale;  et si par extraordinaire elle arrivait à la température idéale, vous devriez vous résigner à la voir se réchauffer outrageusement. 
Vous saurez comme tout le monde que déboucher une bouteille demande parfois du doigté, et qu'un poignet souple est nécessaire pour servir le précieux liquide sans tâcher la nappe;  exercez-vous à déboucher et servir, c'est là que vous serez attendu à la table ! 
Pour passer au niveau de dégustateur confirmé, vous apprendrez à mâcher le vin, exercice qui ne se fait pas sans bruits incongrus, mais on vous dira que ces chuintements et glouglous flûtés doivent être émis dans le plus profond recueillement.  Tout aussi illogiquement, on vous recommandera d'avoir pour le vin les égards dûs à un breuvage sacré, mais de cracher ce que vous goûtez...  A table, le savoir-vivre interdit de prendre des notes, de mâcher bruyamment, et -depuis la Renaissance- il n'est plus séant de cracher;  quant au recueillement et à la concentration nécessaires à l'observation attentive, ils ne se rencontrent qu'à la table des Trappistes, lesquels ne connaissent que la bière ! 
Finalement, les personnes bien peu modestes qui vous initient ne vous demanderont votre avis que pour la forme, le tiendront pour nul, et vous diront ce qu'il convient de penser de ce que vous venez de mâcher sans l'ingérer;  à table, il en ira tout autrement :  si par hasard on vous demande votre avis, mieux vaudra le garder pour vous, et écouter ce qu'il convient de penser du vin que vous venez d'ingérer sans le mâcher. 

Ainsi, l'amateur passionné se plie au long et difficile apprentissage de la dégustation dans des conditions fort éloignées de celles habituellement rencontrées à la table.  Cela n'est-il pas admirable, et ne méritait-il pas un éloge ? 
 


Pour en savoir plus

Deux adresses, où vous trouverez toutes les autres :

- TBM"s Wine Links, compilation extraordinaire réalisée par Th. & B. Marti,

- et Mondowine, le portail de l'univers du vin, qui dès sa naissance le 1er février 2001, recensait déjà plus de 5000 sites !



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AppellationsLe prodige du vin

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En abrégé

Pierre Lotigie-Laurent