La planète-vin / Champagne
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Le Champagne ne représente que 7% du marché mondial des
mousseux. La concurrence vient de l'Espagne, de la Californie, de
l'Australie et surtout de la Nouvelle-Zélande; les Maisons de Champagne
ont investi dans ces trois derniers pays et y assurent elles-mêmes une
partie de la production. Deutz, par exemple, fait en Nouvelle-Zélande
un effervescent d'un excellent rapport qualité/prix. Veuve Cliquot
possède les excellentes Maisons Cape Mentelle en Australie et Cloudy Bay
en Nouvelle-Zélande. Moët & Chandon a des vignobles dans 5 ou 6
pays et fait un excellent mousseux en Australie.
De très nombreux producteurs de mousseux, tant en France qu'à
l'étranger, prétendent suivre la méthode champenoise,
entendant surtout par là qu'ils font subir à leur vin une seconde
fermentation en bouteille. Mais la méthode pratiquée en Champagne
comporte beaucoup plus d'attentions et de soins portés au vin tout au
long de son élaboration.
En Champagne, c'est dès la récolte qu'un soin particulier est apporté
au raisin.
La machine à vendanger est prohibée, et
toute bonne Maison qui se respecte pratique
l'épluchage : raisins verts et raisins pourris sont écartés.
Les grappes sont récoltées dans des paniers larges et peu profonds,
les "mannequins", afin d'éviter que les raisins soient abîmés sous
leur propre poids.
Pour obtenir des vins blancs venant de raisins noirs, il faut
apporter aux pressoirs des raisins aussi intacts que possible pour les
écraser vite sans que la peau ne macère dans le jus : les pigments
de la peau ne doivent pas avoir le temps de colorer le jus.
A fortiori, arrivé au chai de vinification, le raisin n'est pas
soumis au foulage, et il est pressé à l'aide de pressoirs spéciaux.
Il existe plusieurs qualités de moût :
- la cuvée, issue de 3 pressages et 2 retrousses,
- première taille : un pressage et une retrousse supplémentaires,
- deuxième taille : encore un pressage et une retrousse.
Après le pressurage, le jus de raisin est acheminé à la cuverie où
il va fermenter. La véritable élaboration commence après la première
fermentation, souvent très rapide. On obtient un vin tranquille qui
titre environ 11%vol, fruité et sec,
doté d'une légère acidité qui retiendra la mousse.
Certains producteurs font alors faire à leurs vins une fermentation
malolactique qui est la dégradation d'acides (essentiellement l'acide
malique) en acide lactique. La fermentation malolactique
confère au vin souplesse et rondeur.
C'est encore une étape décisive : le maître de chai
assemble des vins différents de manière à obtenir une cuvée
présentant des caractéristiques précises, et de
qualité supérieure à celle de chacun de ses composants.
Plusieurs types d'assemblages sont possibles :
- assemblage horizontal : vins du même millésime, mais de crus
ou de cépages différents;
- assemblage vertical : vins de l'année mélangés à des
vins de réserve;
- combinaison de ces 2 assemblages.
Jusqu'à 60 vins différents entrent parfois dans la composition
d'une bouteille.
Fin mars, la cuvée est achevée, le vin est filtré et
clarifié. On ajoute alors, avant la mise en bouteille, la liqueur de
tirage (sucre dissous dans du vin généralement vieux avec des
levures) qui déclenchera la seconde fermentation. Le vin est mis en
bouteilles ayant la forme "champenoise", laquelle n'exclue pas un
certain nombre de variantes. Les bouteilles font l'objet d'un premier
bouchage.
Les bouteilles sont mises sur lattes, couchées, dans les caves
crayeuses où règne une température fraîche et constante. C'est
l'entrayage.
Sous l'action des levures, le sucre apporté par la liqueur de
tirage se transforme en alcool, et surtout en gaz carbonique qui, dissous
dans le vin, donnera la mousse. Cette fermentation, qui dure en général
de 3 à 9 mois, donne au vin un aspect trouble car les ferments et les
sels superflus se déposent sur les parois des bouteilles. La pression
du gaz produit à l'issue de la "prise de mousse" atteint 5 à 6
atmosphères (chez les mousseux ordinaires, la pression n'atteint que 4
atmosphères, et elle ne dépasse pas 2 atmosphères dans les pétillants).
Cette phase doit s'opérer lentement : durée de cave minimum d'un
an après tirage; trois ans pour les millésimés.
Les levures qui ont assuré la transformation du sucre en alcool sont
mortes et donnent un dépôt sur les parois des bouteilles, qu'il faut
éliminer.
L'élimination du dépot est effectuée en 2 phases :
- Le remuage
les bouteilles sont placées sur des pupitres, le goulot incliné
vers le bas. Chaque jour le remueur leur donnera un léger mouvement
de rotation en redressant peu à peu la bouteille de façon que le dépôt
descende vers le bouchon. Le remuage dure de deux semaines
à 3 mois selon les cas.
Autrefois, le remuage était un métier en soi : parmi les
remueurs, les champions étaient capables de manipuler près de 40.000
bouteilles par jour. Aujourd'hui, le remuage est mécanique : les
gyro-palettes tournent plusieurs douzaines de bouteilles d'un seul
mouvement.
- Le dégorgement
c'est l'expulsion des levures mortes. La technique
"à la volée" n'est plus guère employée. Aujourd'hui, on plonge le
goulot dans une solution réfrigérante (-20°C). Le glacon qui
se forme emprisonne le dépôt, et le tout est éjecté lors de l'ouverture
de la bouteille.
La partie perdue est remplacée par la "liqueur de dosage"
(parfois appelée "liqueur d'expédition"), mélange de bon champagne
et d'excellent sucre de canne. La quantité de sucre ainsi introduite
détermine si le vin sera brut, sec, demi-sec...
- Extra brut : moins de 6 grammes de sucre par litre,
- Brut : moins de 15 grammes,
- Extra dry : de 12 à 22 grammes,
- Sec : de 17 à 35 grammes,
- Demi-sec : de 33 à 50 grammes,
- Doux : jusqu'à 100 grammes de sucre par litre !
On procède alors au bouchage définitif et à l'étiquettage.
L'étiquette comporte :
- la mention Champagne, qui garantit d'une part sa
provenance, d'autre part le respect de règles de production très
strictes;
- la marque;
- le nom du fournisseur;
- le dosage approximatif;
- le millésime (à moins que ce ne soit son absence...);
- parfois les cépages utilisés, sous la forme d'une mention
"Blanc de blancs", "Blanc de noirs";
- rarement, la commune d'origine des raisins;
- le statut professionnel du fournisseur, sous la forme de deux
lettres ésotériques dont la signification est la suivante :
- NM : Négociant-Manipulant
Il vend le vin qu'il a élaboré à partir de raisin acheté.
- CM : Coopérative-Manipulant
- RM : Récoltant-Manipulant
Il vend lui-même le vin qu'il a élaboré lui-même, à partir de ses
propres vignes.
- MA : Marque d'acheteur.
L'achat sur lattes est légal : il s'agit de vin déjà fait,
revendu sous le nom et au prix de l'acquéreur.
En général, il s'agit de vin que le négociant ne souhaite pas
commercialiser lui-même.
- RC : Récoltant-Coopérateur
Il vend sous son étiquette le vin fait par la coopérative.
Les Champagne de Récoltants-Manipulants sont sensiblement
moins chers que ceux des Grandes Maisons, car ils sont mis en vente plus
tôt, et leur qualité peut varier dans des proportions importantes d'une
année à l'autre.
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En abrégé
Pierre Lotigie-Laurent