La planète-vin / Bourgogne

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Beaujolais

Les Beaujolais sont issus du gamay. Vous ne pouvez pas confondre le gamay avec le chardonnay : alors que le chardonnay est taillé en hauteur, le gamay est taillé court, en gobelet, et son tronc s'élève rarement au-dessus du genou.
Le rendement de ce cépage rouge à pulpe blanche est capable d'atteindre 100 hectolitres à l'hectare, mais on le limite pour obtenir un résultat de meilleure qualité : son rendement optimal est de 30 à 50 hl sur les sols granitiques du Beaujolais.

Près de 10.000 vignerons se partagent 22.000 hectares (dont 16.000 en AOC) sur 96 communes de la Saône-et-Loire et du Rhône, et produisent 1.300.000 hl, dont 400.000 en primeur, et 350.000 en Crus.
Le vignoble comporte deux zones : au sud, autour de Villefranche-sur-Saône, les sols argilo-calcaires du Bas-Beaujolais donnent les Beaujolais ordinaires; la zone des crus s'étend au nord, sur des sols granitiques.
 
Table 5. Millésimes récents en Mâconnais et Beaujolais
Année Qualité et garde
1987 Excellente année.
1988 Très bonne année.
1989 Très bonne année pour les Crus.
1990 Bonne année.
1991 Millésime exceptionnel. Les Crus sont de très bonne garde.
1992 Très bonne année en blanc (en particulier Pouilly-Fuissé), passable en rouge.
1993 Qualité moyenne en Mâconnais, bonne en Beaujolais.
1994 A nouveau année moyenne avec des résultats divers en Mâconnais, où le Saint-Véran est la meilleure réussite. En Beaujolais, les résultats sont passables, parfois médiocres. Tout est à boire très vite.

Appellations génériques

Les appellations génériques, Beaujolais, Beaujolais supérieur, et Beaujolais-Villages, concernent des rouges, des rosés, et des blancs. Beaujolais blanc n'est autre que du Saint-Véran.

Gamay, pinot noir, et pinot gris, peuvent entrer dans la composition des rouges et des rosés; chardonnay et aligoté dans celle des blancs.

Contrairement à une idée trop répandue, le "Beaujolais nouveau" ne présente d'autre particularité que celle d'avoir été tiré récemment, et ce n'est pas une mention autorisée, et encore moins une appellation.

Le Beaujolais primeur est élaboré par macération carbonique. Il s'agit d'une macération courte (3 à 7 jours) de la grappe entière, sans pressurage (le vin est créé par la seule pression des grappes de la partie supérieure sur celles situées plus bas), pour lui conserver ses arômes et limiter le tanin. Ceci dit, certains emploient des levures exogènes pour obtenir des arômes qui ne doivent rien au terroir, tel l'arôme de banane...
Les grappes sont laissées en cuve, où elles subissent une fermentation anaérobie, sous le gaz carbonique dégagé par la fermentation elle-même. Cette opération accomplie, on extrait le vin et le marc. On presse alors le marc, et les connaisseurs se régalent du premier jus qui s'écoule (qu'ils appellent le "paradis"...); le vin de presse est lui-même soumis à une fermentation, à la suite de laquelle les deux vins seront assemblés.
Cette méthode vaut au vin d'être peu alcoolisé, lui conserve ses arômes, et lui évite l'acidité qui est le défaut habituel des Beaujolais. Mais la mention vin de primeur n'est accordée que sous réserve du respect de certaines normes : moins de 13%vol, moins de 5 grammes d'acidité, et moins de 2 grammes de sucre.
Le vin de primeur ne vieillit pas et doit être bu avant fin-février. C'est une boisson "amusante", qui peut cependant coûter jusqu'à 40F.
Seules les 3 appellations génériques, et uniquement pour des vins rouges, ouvrent le droit à la mention vin de primeur.

Les Crus du Beaujolais

Le Beaujolais se flatte de dix Crus, appellations qui ne concernent que des vins rouges. Sauf le petit dernier (le Régnié), ils peuvent en toute légalité être déclarés en AOC Bourgogne. Ce sont pourtant des vins nettement distincts des autres Bourgogne.

Les Crus sont vinifiés selon une méthode traditionnelle : fermentation pendant une bonne partie de l'hiver, puis élevage en fûts pendant 6 mois.

Du nord au sud :

  1. Saint-Amour :

  2. 330 ha en Saône-et-Loire. 18.000 hl de vin généralement peu coloré, léger, souple, direct, au nez de pivoine, au fruit évoquant la pêche ou la pomme. Un vin qui peut être acide lorsque l'été est frais, et qui doit être bu dans les 4 ans.
    Populaire grâce à son nom, son prix est légèrement trop élevé par rapport à la plupart des autres Crus.
  3. Juliénas :

  4. Juliénas (ainsi nommé en l'honneur de Jules César) a une aire délimitée de 600 ha, certaines parcelles étant empruntées à Emeringes, Juillé, et Pruzilly.
    34.000 hl de vin ferme et robuste, plein et fruité, aux arômes de pêche et de framboise, ou de fraise des bois, avec beaucoup de mâche. Il a une robe plus foncée que son voisin le Saint-Amour, et plus de corps.
    Meilleur lieu-dit : les Mouilles.
    Il demande 3 à 4 ans pour s'ouvrir, et peut être conservé 8 ans.
  5. Chénas :

  6. le plus petit Cru (250 ha), incluant La Chapelle-de-Guinchay.
    Un vin au fruité discret, mais aux senteurs de rose et de violette, voluptueux et chaud. Un des Crus les plus corsés du Beaujolais, plus bouqueté que le Juliénas, il se rapproche du Moulin-à-Vent, mais sans en avoir la capacité de vieillissement. Les vignobles à l'est et au sud de la commune ont d'ailleurs droit à l'appellation Moulin-à-Vent.
    15.000 hl, à boire entre 2 et 5 ans.
    Un bon rapport qualité/prix.
  7. Moulin-à-Vent :

  8. le moulin de ce "Roi du Beaujolais" a perdu ses ailes, mais est devenu la mascotte du Beaujolais.
    Le vignoble de 700 ha, qui empiète sur les communes de Chénas et de Romanèche-Thorins, est le plus ancien et le plus populaire du Beaujolais. Il produit 37.000 hl du vin le plus exporté du Beaujolais, toujours assez corsé.
    Est-ce parce que le sol contient du manganèse ? Cette explication est douteuse, mais quoiqu'il en soit, dans les meilleures années, le Moulin-à-Vent présente un bouquet, un corps, une classe, qui rappellent les vins de la Côte d'Or, surtout après 5 à 10 ans de vieillissement. Il peut alors avoir des flaveurs de fruits rouges très mûrs, voire de gibier ou de truffe, et même de cacao.
    Adresses :
  9. Fleurie :

  10. de sa chapelle, la Madone de Fleurie veille sur les 800 ha du vignoble, qui produit bon an mal an 45.000 hl du vin le plus coûteux du Beaujolais.
    Paré d'une robe brillante, léger mais très racé, il sait allier les parfums du printemps à des fruits exquis de pêche ou de cassis. Quoique moins corsé, il rivalise avec le Moulin-à-Vent. Il est très populaire à l'étranger, notamment auprès des Suisses, aussi faut-il le réserver avant sa sortie, puis il faut l'attendre environ 2 ans.
  11. Chiroubles

  12. Sur 350 ha, ce charmant village à flanc de coteau produit 20.000 hl d'un vin parfumé, léger et souple, voire charmeur et sensuel, qui ne gagne rien à vieillir : à boire entre 1 et 2 ans.
    A Chiroubles, la statue érigée face à l'église est celle de Victor Pulliat, un des tout premiers à avoir utilisé les souches américaines résistantes au phylloxéra, et en tous cas le premier en Beaujolais. Victor Pulliat est par ailleurs connu pour son classement des cépages par époques de maturation.
  13. Morgon :

  14. 1.100 ha. 60.000 hl qui se différencient nettement du reste des Beaujolais.
    Ce vin au parfum de groseille et de kirsch, charnu, généreux et robuste, a un goût de terroir dû aux schistes désagrégés de son sol. Moins fruité que les autres Beaujolais, il est plus vigoureux et présente une bonne aptitude au vieillissement. Le plus bourguignon des Beaujolais, à la robe grenat foncé, n'offre guère d'arômes floraux, et se distingue de ses voisins par un fruit très affirmé où domine un goût de kirsch, d'abricot, ou de noyau de griotte.
    A boire entre 5 et 10 ans.
    Le lieu-dit "Le Py", sorte de longue montagne, fournit des vins amples et concentrés, colorés et corsés, au bouquet particulier.
    Adresse :
  15. Régnié :

  16. c'est le petit dernier. L'appellation a été accordée en 1988 à 740 ha de Régnié (dont l'église a deux clochers) et de Durette. Le vin exhale des arômes de groseille et de framboise.
    Adresses :
  17. Brouilly :

  18. ce terroir de 1.200 ha entoure la Montagne de Brouilly, sur les communes d'Odenas, Saint-Lager, Saint-Etienne-la-Varenne, Cercié, Quincié, et Charentay. Il produit 70.000hl de "vin de l'amour", en général un peu ferme dans son âge dit tendre, mais au bouquet floral fin et vif. Il est à boire entre 2 et 7 ans.
    Brouilly est le seul Cru, avec Côte de Brouilly, autorisé à employer d'autres cépages que le gamay (aligoté, chardonnay). La disparité observée dans la qualité incite à sélectionner.
    Adresse :
  19. Côte de Brouilly :

  20. La chapelle de Notre-Dame du Raisin, construite vers 1875 par des vignerons cherchant à exorciser l'oïdium, est l'objet d'un pélerinage annuel, le premier samedi de septembre. A 485 mètres, elle couronne le Mont Brouilly, dont le flanc méridional accueille les 320 ha du vignoble. C'est sous sa protection que sont produits 16.000 hl de vin à la robe rubis intense, ardent et savoureux, plus riche que le Brouilly, et aussi plus apte au vieillissement.
    Adresses :

Chiroubles, Régnié, Brouilly, et Côte de Brouilly, se boivent vers 2 ou 3 ans.
Saint-Amour, Juliénas, Chénas, Fleurie, et Morgon : 4 ou 5 ans.
Le Moulin-à-Vent peut être gardé 10 ans.

Ne quittons pas le Beaujolais sans nous rappeler l'aphorisme : "Mieux vaut mettre son nez dans un verre de Beaujolais que dans les affaires des autres".



 
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Pierre Lotigie-Laurent