La planète-vin / Bourgogne
Pierre Lotigie-Laurent
Erasme disait "Heureuse Bourgogne ! Tu mérites le nom de mère
des hommes, puisque tu leur donnes un pareil lait".
Sous les Romains, seuls ceux-ci pouvaient planter.
L'autorisation de planter, que Rome accorde au début du 4e siècle,
marque la véritable naissance du vignoble bourguignon, avec de
l'allobrogum, sans doute l'ancêtre du pinot noir.
De nos jours, la province comprend les départements de la Nièvre,
de l'Yonne, de la Côte d'Or, de la Saône-et-Loire, et du
Rhône. La Bourgogne viticole ne coïncide pas exactement avec la
province, puisqu'elle exclue la Nièvre, dont le vignoble fait
partie de celui du Centre, extension des Pays de Loire.
Le vignoble bourguignon se caractérise par :
- une superficie très faible : 28.300 hectares. Les Grands Crus n'occupent
que 0,7% du vignoble français;
- la parcellisation des 3.000 exploitations viticoles : il n'est pas rare
qu'un domaine soit constitué de 20 ou 30 parcelles parfois éloignées;
- un rendement autorisé limité;
- une production uniquement à partir de 5 cépages
- en rouge, le pinot noir pour les grands Bourgogne, et le gamay
pour les Beaujolais,
- en blanc, le chardonnay, l'aligoté, et le sauvignon (le pinot
blanc reste autorisé dans certaines appellations, mais a quasiment
disparu)
- de nombreuses appellations : 130, dont 65 pour la Côte de Beaune
et la Côte de Nuits, comportant 20 à 50 Climats figurant parmi
les plus grands vins du monde.
La production bourguignonne donne souvent l'impression de manquer
d'homogénéité, le pire côtoyant le meilleur. Les
raisons de cette situation sont imputables :
- au morcellement des propriétés et des Climats; la plupart des
Climats sont partagés entre de nombreux propriétaires (exemple
extrême : le Clos de Vougeot partagé entre plus de 70
propriétaires);
- aux cépages employés : le chardonnay, très souple, se prête à
toutes sortes de vinifications; le pinot noir, en revanche, est
capricieux et délicat;
- et à des conditions climatiques très variables d'une année à
l'autre, mais en général "limites" : l'ensoleillement
n'est jamais excessif, mais plutôt tout juste
suffisant, les bonnes années, pour obtenir un vin d'une grande finesse.
Une bonne année doit être exempte de gelées printanières, comporter
un beau mois de juin favorisant la floraison, une bonne chaleur estivale
sans excès, avec quelques pluies rafraîchissantes, et un mois de
septembre chaud et sec.
Ces conditions sont rarement remplies, surtout la
dernière : de nombreux millésimes qui s'annonçaient excellents ont
été réduits à la médiocrité par la pluie au moment des vendanges.
En France, vin et cuisine sont indissociables. Le vin est choisi
pour accompagner les plats, à moins que ce ne soit le contraire : il
arrive que la cuisine soit conçue pour honorer les grands vins. Il en
est ainsi partout en France, mais encore plus -si c'est possible- en
Bourgogne, où la cuisine est un ravissement pour le gastronome. Et
ce n'est pas un hasard si le meilleur boeuf vient du Charolais,
si le jambon du Morvan est succulent, et si le seul poulet ayant une
appellation contrôlée vient de la Bresse. Quand on connait la richesse,
la variété, et le raffinement de la cuisine bourguignonne, on en vient
inévitablement à conclure qu'elle méritait les meilleurs vins.
Le système d'appellations "Bourgogne"
Tout d'abord, il convient de distinguer la Bourgogne en tant que
région et l'appellation Bourgogne. Certains vins
-tels le Sauvignon de Saint-Bris et le
Régnié (cru du Beaujolais)- n'ont pas le droit de mettre
le label Bourgogne sur leur étiquette, ce qui ne les
empêche pas de pouvoir être excellents.
Pour les vins qui ont droit à une appellation Bourgogne,
le système d'appellations est une hiérarchie à 4 niveaux :
- A la base, les appellations génériques, régionales ou
sous-régionales.
- Un étage au-dessus, les appellations communales.
- Le vignoble de chaque commune est divisé en Crus, appelés ici
Climats. Certains Climats sont classés Premiers Crus. Les Premiers
Crus portent le nom de la commune suivi de leur
nom de Cru, ou encore de la mention "Premier Cru".
A ce jour, 561 Climats sont classés Premiers Crus, mais le
classement n'est pas encore achevé et certains Climats
ne sont classés qu'à titre provisoire.
Quelques vignobles sont autorisés, pour des raisons historiques,
à ajouter le nom du lieu-dit, ce qui peut prêter à confusion
avec les Premiers Crus. C'est le cas du Clos du Roy, à Chenôve,
et des Montreculs, à Dijon.
- Au terme d'une sélection réalisée en 1936, 31 Climats
ont été classés Grands Crus. Ils sont désignés par leur
seul nom de Cru, sans indication de celui de la commune.
En outre, Chablis a 7 Grands Crus, mais à la
différence des autres, ceux-ci doivent faire figurer la mention
"Grand Cru" à côté du nom du Cru.
L'étiquette ne peut guère vous tromper sur
l'appellation du vin, dûment contrôlée en principe. Encore
faut-il vous assurer que l'origine du vin est correctement
établie. Certaines mentions tentent d'induire le client en
erreur. Un cas typique est "Mise en bouteilles dans nos caves". Les
seules bonnes et loyales mentions sont "Mise en bouteilles" (ou tout
simplement "Mise") :
- par le propriétaire,
- à la propriété,
- au domaine.
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Pierre Lotigie-Laurent