La planète-vin / Bordeaux

[ Bas de la page | Page précédente | Page suivante | Table des matières ]



Blancs moelleux et liquoreux

Les vins doux girondins sont produits par un groupe d'appellations à cheval sur la Garonne. Sur la rive gauche :
  • Sauternes : 1.400 ha, RB 25 hl/ha.
  • Barsac : 600 ha, RB 25 hl/ha.
  • et Cérons : 70 ha, RB 40 hl/ha.
27 Crus de Sauternes et de Barsac ont été classés en 1855 : 1 Premier Cru Supérieur, 11 Premiers Crus, et 15 Seconds Crus.

Sur la rive droite, faisant face aux liquoreux de la rive gauche :

  • Cadillac : 70 ha, RB 40 hl/ha.

  • Les vins ayant droit à cette appellation ont également le droit de choisir l'appellation Premières Côtes de Bordeaux.
  • Loupiac : 300 ha, 40 hl/ha.
  • Sainte-Croix-du-Mont : 400 ha, RB 40 hl/ha.
  • Côtes de Bordeaux Saint-Macaire :

  • 50 ha, RB 50 hl/ha. Uniquement des blancs demi-secs ou moelleux. Les rouges produits dans cette aire délimitée sont commercialisés en AOC Bordeaux.
Une route touristique, qui mène de Sainte-Croix-du-Mont à Cadillac par le sommet des coteaux, offre de belles vues sur tout le Sauternais.

Table 6. Millésimes récents en Sauternes / Barsac
Année  Qualité et garde 
1987  Bonne année. Commencer à boire vers 2000. Conservable jusque vers 2010. 
1988  Année exceptionnelle, une des meilleures du siècle. Longévité tout aussi exceptionnelle (50 ans? 75 ans?). 
1989  A nouveau un millésime exceptionnel, que l'on boira encore avec plaisir au milieu du 21e siècle. 
1990  Très bonne année, donnant des vins très liquoreux, dont l'acidité permettra de les garder 30 à 50 ans. 
1991  Bonne année, et garde à l'avenant (15 à 20 ans). Mais production minuscule, à cause de la pluie. 
1992  Comme 1991 en tous points, mais production insignifiante. 
1993  Année insatisfaisante, à cause de la pluie. 
1994  Ce n'est pas encore le retour à la qualité et à la garde des 88, 89, et 90, mais c'est mieux que les trois derniers millésimes, et la garde pourrait être de l'ordre de 25 ans. 


Sauternes et Barsac

35.000 hl de vin blanc, sur 5 communes : Sauternes, Barsac, Bommes, Fargues, et Preignac.

Le sol est un mélange de silice, de calcaire, et d'argile. Le Sauternes tire sa finesse de la silice, sa puissance du calcaire, et de l'argile son onctuosité.

Le sémillon, dominant (70%), contribue également à cette onctuosité, mais c'est au sauvignon (27%) que le Sauternes doit son corps et son arôme, et à la muscadelle son bouquet subtil.
Le rendement de base est de 25 hl/ha, mais les bons producteurs ne dépassent pas 15 ou 20 hl/ha.

A Sauternes, les conditions climatiques et surtout pluviométriques ne permettent pas toujours l'obtention de liquoreux de haute qualité. En cas de sécheresse, le botrytis ne se développe pas assez : les raisins ne sont alors que passerillés, ce qui donne des vins excellents (comme d'autres dans le monde) mais sans le "rôti" caractéristique du Sauternes. En cas de pluies excessives, la pourriture vulgaire empêche la concentration du raisin.
En année défavorable, les vignerons n'hésitent pas à déclasser leur vin. Ce qui fait leur honneur, et le prestige de l'appellation...

La vendange est manuelle. Elle s'effectue par tries successives des grains (pas des grappes) arrivés à surmaturation, échelonnées sur 1 à 2 mois selon les années. Quatre à huit tries sont souvent nécessaires.
Le vin qui en résulte est un liquoreux d'une rare puissance, mais élégant et fin, richement et délicatement parfumé, persistant longuement, dans une gamme évoquant le miel, le tilleul, l'acacia, l'abricot, le pamplemousse, le citron.

Le Sauternes peut être bu jeune, à 3 ans : il est alors fruité et nerveux. Mais il a pour vocation de vieillir, et peut être conservé de 10 à 70 ans, selon les crus et les millésimes.

Service : les Grands Crus de Sauternes et de Barsac devraient être débouchés 24 heures à l'avance; ou -mieux- carafés 12 à 18 heures avant le service.
 
Barsac 

Parmi les 5 communes composant l'aire délimitée du Sauternes, Barsac (600 hectares) jouit d'une disposition particulière : ses vins peuvent prendre, au choix, l'appellation Barsac ou l'appellation Sauternes. Cet avantage lui est conféré en raison de son terroir original : des terres argileuses rougeâtres sur un lit de roches quartzeuses ou granitiques. 

Le Barsac ne se distingue du Sauternes que par quelques nuances : moins gras et moins liquoreux, mais plus fruité et plus parfumé. 

 
Comme le Médoc, mais séparément, Sauternes et Barsac ont fait l'objet d'un classement en 1855.
Ch. Yquem a été classé Premier Cru Supérieur.
9 Châteaux (devenus 11 par le jeu des divisions) ont été classés Premiers Crus, et 11 (devenus 15 par divisions) Seconds Crus. Aucune autre catégorie n'a été définie.

Château Yquem est fabriqué avec des raisins choisis grain par grain. Il faut un pied de vigne pour remplir un verre, d'où son coût élevé.  Délicieux dans sa jeunesse (après 3 ans de barrique), il se charge en vieillissant d'arômes, de saveurs, de parfums ensorcelants. Dans les dégustations à l'aveugle, il sort toujours en tête. D'autres peuvent arriver à le battre, d'une courte tête, mais on ne les revoit pas l'année suivante... Château Yquem, lui, reste constamment en tête, prouvant que sa réputation n'est pas usurpée.

Autres Châteaux renommés :

  • Ch. Rieussec [12-35], à Fargues et Sauternes, autrefois Rieusec, Premier Cru; l'autre grand de Sauternes, pourrait-on dire;
  • Ch. Suduiraut [8-35], à Preignac, Premier Cru;
  • Château Climens [10-40], Premier Cru;
  • Château Coutet, Premier Cru : Cuvée Madame [15-40];
  • Ch. Doisy-Daëne [8-20], issu du Second Cru Doisy; ce domaine fait aussi un beau blanc sec;
  • Ch. Doisy-Védrines [8-25], issu de Doisy;
  • Ch. Nairac [8-25], issu du Second Cru Broustet Nairac.
Des vins qui coûtent de 100 à 800 francs la bouteille de l'année...

Puis :

  • Ch. Rabaud-Promis [8-25],
  • et Ch. Sigalas-Rabaud [6-15],
tous deux à Bommes, sont issus du Premier Cru Rabeaud.

Deux Crus non classés figurent aujourd'hui parmi les meilleurs :

  • Ch. Gilette, qui n'est vendu que prêt à boire (en général à 20 ans ou plus),
  • et Ch. de Fargues.
  Citons encore :
  • Ch. Guiraud, autrefois Premier Cru Bayle,

  • Ch. Rayne-Vigneau, à Bommes, autrefois Premier Cru Vigneau;

  • Ch. Lafaurie-Peyraguey [8-30], à Bommes, issu du Premier Cru Peyraguey;

  • Ch. La Tour Blanche,

  • Ch. Haut-Bergeron,

  • Ch. Bastor-Lamontagne,

  • Ch. Lafon, etc.
 
Et notons que :
  • Ch. Pexoto a disparu, intégré à Rabeaud, qui lui-même a été divisé entre Rabaud-Promis et Sigalas-Rabaud;
  • Ch. Myrat, autrefois excellent Second Cru, a disparu dans les années 70, mais est en train de renaître;
  • Cru Barréjats a un site Internet superbe. Si son vin est à l'image de son site...

Cérons

Voisine de Sauternes, l'appellation Cérons est accordée aux communes de Podensac et d'Illats, sur 120 ha donnant 4.600 hl. Contrairement à Sauternes et Barsac, elle n'est pas limitrophe du Ciron.

Comme à Sauternes, les viticulteurs pratiquent ici les tries successives. Moins liquoreux et peut-être moins élégant que le Sauternes, le Cérons est plus léger, nerveux et fruité.

Il est à boire entre 6 et 15 ans.

Cérons peut se replier en appellation Graves. Une partie de la récolte, vinifiée en sec ou demi-sec, donne un excellent vin fruité qui se classe parmi les meilleurs Graves, tout en gardant la sève caractéristique des vins de Sauternes et de Barsac.

Meilleur cru :

  • Ch. de Cérons : "Grand Enclos";

  • le domaine fait aussi un blanc sec, "Calvimont".

Cadillac

L'appellation a été accordée en 1973 à 21 communes, dont Cadillac, Gabarnac, et Langoiran, sont les plus réputées. Mais seulement 80 ha sont exploités pour l'appellation, et donnent 1.700 hl.
Langoiran a un terroir varié où domine tantôt le rocher, tantôt le calcaire, ou encore les graves.
Gabarnac comporte une série d'éperons rocheux dont les pentes s'orientent vers Loupiac d'un côté, vers Sainte-Croix-du-Mont de l'autre.

Le Cadillac est exclusivement liquoreux, avec une teneur en sucre résiduel d'au moins 18 grammes par litre. L'appellation exige des raisins atteints par le botrytis et récoltés par tries successives mais, jusqu'à présent, cela n'est guère transparu dans les résultats.

Ces vins, issus de sémillon, sauvignon, et muscadelle, titrent au minimum 13%vol, et sont à boire entre 3 et 8 ans. Ils ont aussi droit à l'appellation Premières Côtes de Bordeaux.

On a dit du château de Cadillac, qui appartint autrefois au très impopulaire duc d'Epernon, que c'est "le plus beau château de la Loire construit sur les bords de la Garonne"; on l'a baptisé aussi le "Fontainebleau aquitain". Par ailleurs, on croit communément que Cadillac a donné son nom aux belles américaines, et cela parce que le chevalier de Lamothe-Cadillac fonda la ville de Détroit. L'histoire est jolie, mais Antoine Laumet, le fondateur de Detroit, n'est pas né à Cadillac, et il a emprunté le nom de Lamothe-Cadillac à une famille du Tarn-et-Garonne. Cependant, Cadillac -qui est chaque année le siège d'une réunion de voitures aux chromes étincelants- ne fait rien pour rétablir la vérité...

Bonnes adresses :

  • Ch. Renon,
  • Ch. Les Bégonnes.

Sainte-Croix-du-Mont

Cette pittoresque commune sur la rive droite de la Garonne, fait pendant à Sauternes sur la rive gauche.
450 ha de sémillon, sauvignon, et muscadelle, donnent 15.700 hl de vin liquoreux ou moelleux, à boire entre 5 et 15 ans selon le cru et le millésime.

Une partie de la récolte est vinifiée en sec sous les appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur.

Bonnes adresses :

  • Ch. Loubens,
  • Ch. La Rame,
  • Ch. Crabitan-Bellevue.

Loupiac

Loupiac conserve les vestiges d'une villa gallo-romaine qui domine la Garonne sur plusieurs niveaux.

Ses 330 ha donnent 10.500 hl d'un vin qui s'apparente à son voisin de Sainte-Croix-du-Mont. Corsé, parfumé, fin, c'est un excellent liquoreux, savoureux, au goût de miel.
A boire entre 5 et 15 ans selon le cru et le millésime.

Une partie de la production de la commune est vinifiée en sec sous l'appellation Bordeaux ou Bordeaux Supérieur.

Crus principaux :

  • Château de Ricaud,
  • Ch. de Loupiac-Gaudiet,
  • Ch. Peyruchet,
  • Ch. du Cros.

Côtes de Bordeaux Saint-Macaire

Cette appellation n'est accordée qu'à 50 ha plantés sur les coteaux graveleux et argileux qui prolongent au sud les Premières Côtes de Bordeaux.

Le raisin, sémillon, muscadelle, et sauvignon, est récolté à surmaturité pour cette appellation. Le vin est en général moelleux, parfois liquoreux, corsé mais fin, avec un parfum original. A boire entre 1 et 5 ans.

Mais le canton de Saint-Macaire préfère faire des rouges, en appellation Bordeaux ou Bordeaux Supérieur.



[ Haut de la page | Page précédente | Page suivante | Table des matières ]
 
Le prodige du vin Appellations Le vin et vous
 
Retour à l'accueil
En abrégé
 
  Pierre Lotigie-Laurent