La planète-vin / Bordeaux

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Les Graves

Les Graves prolongent le Médoc au sud, sur la rive gauche de la Garonne. Comme leur nom l'indique, les sols y sont graveleux, alors que ceux de la rive droite sont argilo-calcaires et argilo-sableux. Les appellations sont :
  • L'AOC Graves :
    2.100 ha, RB 50 hl/ha. Les deux tiers en rouge, le reste en blanc sec.
  • Graves Supérieures :
    désigne exclusivement des blancs moelleux et liquoreux. 550 ha, RB 50 hl/ha.
  • Pessac-Léognan,
    500 ha, qui possèdent leur propre appellation depuis 1987, sont consacrés au rouge dans une proportion de 83%.
    RB 45 hl/ha en rouge, 48 en blanc.
Un seul cru de cette région figurait parmi les Crus classés en 1855. Un classement spécifique aux Graves a été établi par l'INAO en 1953 pour les rouges, complété en 1959 pour inclure les blancs. Malheureusement, il n'est pas révisable.
Ce classement a promu 16 crus rouges et 8 crus blancs, leur attribuant la mention Cru Classé sans autre précision de hiérarchie. Tous relèvent désormais de l'appellation Pessac-Léognan.

Table 5. Millésimes récents en Graves
Année Qualité et garde
1987 Bonne année, même si les rouges sont à boire d'urgence. Les blancs se conserveront une douzaine d'années.
1988 Millésime exceptionnel, tant pour la qualité que pour la garde, et cela tant en rouge qu'en blanc.
1989 Très bonne année, surtout pour les blancs qui sont puissants et de garde exceptionnelle. Les rouges sont un peu souples.
1990 Très bonne année dans l'ensemble.
Les rouges sont plus réussis qu'en 89. Les blancs ne sont pas aussi exceptionnels que l'année précédente, mais encore de très bonne garde.
1991 Blancs souples et parfumés. Rouges légers et délicats. Le tout à boire vite (garde de 3 à 10 ans).
1992 Comme en 91, des vins légers à boire vite. Cependant, Pessac-Léognan est très supérieur au 91 en blanc, et même ses rouges sont meilleurs que les médocains cette année.
1993 Bonne année, surtout en blanc, et de bonne garde. Le millésime est supérieur à 91 et 92, mais n'atteint pas le 90, et encore moins le 89.
1994 Blancs secs exceptionnels, gras et aromatiques, de très bonne garde. Rouges supérieurs à ceux des trois millésimes précédents, et de bonne garde (10 à 12 ans).


L'AOC Graves

900 ha de rouge (hors Pessac-Léognan) ont produit 5,6 millions de bouteilles.

Vin très bouqueté et de bonne garde. Plus corsé et nerveux que les vins du Médoc, dont il n'a pas la saveur moelleuse et délicatement fondue, il est à boire à partir de 5 ans, mais les grands millésimes des meilleurs crus peuvent être conservés 30 à 50 ans.

En blanc sec, 760 ha ont donné 4 millions de bouteilles.

On estime que 2,7 millions de bouteilles de blancs moelleux ont été produites par 500 ha, sous l'appellation Graves Supérieures.

Qu'ils soient secs ou moelleux, les blancs des Graves sont puissants et nerveux sans jamais être acides. Ils sont à boire en général entre 2 et 6 ans, mais vieillissent bien dans les bonnes années, jusqu'à 20 ans dans les meilleures années.

Berceau des vins de Bordeaux, cette vaste AOC s'est longtemps reposée sur son titre d'aînesse dans le Bordelais. La sédition de Pessac-Léognan va peut-être réveiller cette région.

Voir :

  • Clos Floridène, de Denis Dubourdieu (en rouge, et surtout en blanc);
  • Ch. Brondelle, en rouge;
  • Ch. La Tuilerie : rouge à 45% de merlot,
    et blanc sec de sémillon à 80%.
  • Ch. Magence, en rouge;
  • Vieux Château Gaubert (Vignobles Haverlan) en blanc.

Pessac-Léognan

C'est ici qu'étaient produits autrefois les clairets.

Depuis toujours fleurons des Graves, dotés d'un sol original, Pessac et Léognan font bande à part depuis le 1er janvier 89, et la nouvelle appellation peut être appliquée depuis le millésime 1987.

En 1988, 700 ha ont produit 4 millions de bouteilles de rouges au bouquet délicat, concentrés mais élégants et fins, dont certains capables de vieillir un demi-siècle.
Et 170 ha ont donné 900.000 bouteilles de blanc. Notons qu'en blanc, l'appellation exige au moins 25% de sauvignon.

Haut-Brion, à Pessac, est un Premier Cru Classé : le seul Château non médocain ayant été inclus dans le classement de 1855. Il fournit un rouge de longueur étonnante, et un blanc exceptionnel mais malheureusement rare.

Crus Classés, en rouge et en blanc :

  • Domaine de Chevalier
    un rouge de longue garde [15-40],
    mais surtout 3 ha donnant des blancs [8-20] parmi les plus convoités de la planète.

  • Ch. La Tour-Martillac
    rouge [8-20],
    et blanc [4-8];

  • Ch. Carbonnieux
    rouge [6-18],
    et blanc [2-5] autrefois vendu sous le label "Eau minérale de Carbonnieux" à un sultan turc, fait de sauvignon (60%), sémillon (38%), et deux doigts de muscadelle; il s'est avéré irrégulier ces dernières années;

  • Ch. Malartic-Lagravière
    rouge [7-25],
    et blanc [5-12];

  • Ch. Olivier : intéressant surtout par son blanc;

  • Ch. Bouscaut [8-20], dont le rouge est dû au merlot pour 50%.

Crus Classés en rouge uniquement :

  • Ch. Haut-Brion [10-40], mais son blanc [5-20] fait partie des meilleurs;
  • Ch. Fieuzal [12-30], a quand même 3 ha en blanc, un blanc plus recherché que les Montrachet !
  • Ch. Haut-Bailly [12-25],
  • La Mission Haut-Brion [15-45],
  • La Tour-Haut-Brion [20-40],
  • Ch. Pape-Clément,
  • Ch. Smith-Haut-Lafitte.

Crus Classés, en blanc uniquement :

  • Laville-Haut-Brion [6-20],
  • Couhins-Lurton [3-8] n'emploie que du sauvignon,
  • et Couhins [2-4].

D'après les prix observés aujourd'hui, ce classement aurait déjà besoin d'une nouvelle révision, notamment pour inclure les blancs de Fieuzal, Haut-Brion, Pape-Clément, et Smith-Haut-Lafitte.

Voir :

  • Le blanc du Château La Louvière (85% de sauvignon, 15% de sémillon)
  • Smith-Haut-Lafitte blanc, exclusivement du sauvignon.


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Pierre Lotigie-Laurent