La planète-vin / Bordeaux

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Appellations communales du Médoc

Listrac

Cette appellation, née en 1957, fut popularisée par la Compagnie des Wagons-Lits, qui servait les demi-bouteilles de Grand-Listrac, marque de la coopérative.

Elle occupe à la lisière de la forêt landaise des sols qui plaisent au cabernet, plus sablonneux que les graves bordant la Gironde.
A l'ouest, des graves pyrénéennes (exemples : Fonréaud, Fourcas). A l'est, des graves garonnaises (exemples : Poujeaux, Médrac). Au sud-ouest, des graves pyrénéennes argileuses. Au centre, un sol argilo-calcaire, excellent pour le merlot (exemples : Ch. Saransot-Dupré, Ch. Cap-Léon-Veyrin).

Les Listrac se sont vus attribuer une réputation de vins tanniques, puissants, austères et rudes, dotés d'un rare potentiel de vieillissement, mais qui manquent un peu d'élégance. Et en effet, il arrive encore qu'il en soit ainsi, mais on aurait tort de généraliser : de nos jours, suivant en cela une tendance générale, l'appellation fait davantage de vins relativement plus ronds, bien fruités, et qui tous ensemble présentent une riche palette de nuances. Ce qui ne les empêche pas de demeurer robustes et particulièrement appréciables dans les millésimes marqués ailleurs par une certaine légèreté.

A commencer à boire entre 5 et 10 ans.

Adresses :

  • Ch. Fonréaud, à 45 mètres, détient un des points culminants du Médoc viticole;
  • Château Fourcas-Dupré [6-12];
  • Château Fourcas-Hosten [8-20];
  • Ch. Cap-Léon-Veyrin [8-20];
  • Ch. Peyredon-Lagravette;
  • Ch. Saransot-Dupré;
  • Ch. Liouner, l'archétype du Listrac;
  • Ch. Clarke [7-25], inauguré en 1979, a des vignes sur Moulis et sur Listrac. Cette propriété d'Edmond de Rothschild (comme Ch. Malmaison également à Moulis, et Ch. Peyrelebade à Listrac) affiche des ambitions élevées.
  • Château Listrac (tant le domaine que la marque) avait été incorporé à la coopérative dans les années 30. Il est en train de ré-apparaître, sous la forme d'une SCA regroupant les Châteaux Fourcas-Loubaney, La Bécade, et Moulin-de-Laborde, tous trois rénovés par le groupe Novalliance.

Moulis

L'appellation, née en 1938, concerne la totalité de Moulis plus des parcelles de 6 communes environnantes, dont certaines de Listrac.
Plusieurs domaines possèdent de ces parcelles situées sur Listrac mais en appellation Moulis. La situation devient plus confuse lorsque certains domaines font à la fois en appellation Moulis et en appellation Listrac. Courant presque partout ailleurs dans le monde, ce type de situation est très rare en Gironde, où la notion de Cru se confond avec celle de Château.

Le sol argileux contient une proportion de calcaire supérieure à la moyenne du reste du Médoc, et convient particulièrement au merlot. Par ailleurs, le petit verdot est employé ici plus que partout ailleurs dans le vignoble girondin.

Le vin coloré, corsé et robuste, au bouquet développé et à la saveur accentuée, affiche cependant une grande délicatesse.

A boire entre 5 et 10 ans.

Sur la quarantaine de propriétés de Moulis, les plus renommées sont :

  • Ch. Maucaillou [6-15], à Castelnau-de-Médoc; voir son Musée des Arts et Métiers de la vigne et du vin;
  • Ch. Poujeaux (qui signifie "lieu haut") [10-25],
  • et Ch. Chasse-Spleen [8-20] qui mérite pleinement son nom.
Parmi les autres :
  • Ch. Malleret, à Saint-Loubès,
  • Ch. La Mouline,
  • Ch. Duplessis-Fabre,
  • Ch. Moulin-à-Vent [7-15], dont un tiers est situé sur Listrac

Saint-Julien

Outre la commune de Saint-Julien-Beychevelle, l'appellation concerne des parcelles de Cussac et de Saint-Laurent-et-Benon. Son sol est constitué de graves moyennes sur socle d'alias.

Le Saint-Julien, riche, corsé, au fin bouquet, assure la transition entre l'élégance des Margaux et la vigueur des Pauillac.
 

Saint-Julien détient 11 Crus Classés. Les 3 meilleurs Châteaux sont des Deuxièmes Crus Classés :

  • Ch. Léoville-Las Cases [15-35], issu de la division de Léoville;
  • Ch. Ducru-Beaucaillou [15-30] (autrefois Ducru Beau Caillou) : en dehors de Margaux, aucun terroir n'est aussi pierreux. La qualité de ce vin est exceptionnelle quelque soit le millésime;
  • Ch. Gruaud-Larose [10-40] (autrefois Gruaud-Laroze), s'auto-proclame "Le vin des rois, le roi des vins" (mais d'autres en France et à l'étranger revendiquent cette qualité...).
Puis :
  • Ch. Léoville-Poyferré [12-25], 2e CC
  • Ch. Léoville-Barton [15-30], 2e CC
Puis :
  • Ch. Lagrange [8-25], 3e CC,
  • Ch. Beychevelle [12-20] (autrefois Beychevele), 4e CC mais au niveau d'un bon 3e CC, est une chartreuse du 18e, autrefois propriété du duc d'Epernon, Amiral de France, devant laquelle les bâteaux baissaient leurs voiles, d'où son nom;
  • Ch. Talbot [8-30], 4e CC, Cru Classé le plus vaste (100 ha) du Médoc; Talbot, le chef des armées anglaises, y séjourna en 1453, à la veille de sa défaite à Castillon;
  • Ch. Branaire-Ducru [12-25] (autrefois du Luc), également 4e CC;
  • Ch. Langoa-Barton [10-25] (autrefois Langoa), qui fut classé 3e CC;
  • Ch. Saint-Pierre [8-25] est un 4e CC qui joue dans la cour des Crus Bourgeois.
Bons Crus Bourgeois, parmi d'autres :
  • Ch. Gloria [12-30], Cru Bourgeois le plus connu du Médoc, est au niveau d'un bon 4e CC
  • Ch. Lalande-Borie [5-10]
  • Ch. Moulin-Riche,
  • Ch. Moulin de la Rose [6-12].

Margaux

L'appellation concerne la commune de Margaux et des parcelles de Cantenac, Soussans, Arsac, et Labarde.

Le sol est fait de graves maigres sur un socle calcaire et marneux. C'est à Margaux que la couche de graves est la plus profonde en Médoc, et le sol le plus pierreux. Les meilleures zones sont situées sur trois plateaux :

  1. celui qui encercle Château Giscours,
  2. la butte de Cantenac,
  3. et celui qui supporte Château Margaux, une partie du village, et Château Lascombes.
Paradoxe : alors que l'on considère généralement que les meilleurs vins se font à une altitude comprise entre 100 et 300 mètres, l'altitude de ces trois plateaux, qui produisent certains des tout meilleurs vins du monde, ne dépasse pas 15 mètres !

Les Margaux allient délicatesse et finesse, distinction et souplesse, et ont un arrière-goût persistant de cassis, vanille, ou de cèdre.

Le Margaux est dû à 75 producteurs, dont 21 Crus classés et une quinzaine de Crus Bourgeois.

Les 21 Crus classés dont l'appellation se flatte détiennent à eux seuls deux tiers de la surface plantée, et se répartissent comme suit :

Dix Crus Classés à Margaux même :

  • Ch. Durfort-Vivens [10-25] (autrefois Durfort),
  • Ch. Lascombes [8-30] (autrefois Lascombe);
  • Ch. Malescot Saint-Exupéry [8-25] (autrefois Saint-Exupéry),
  • Ch. Margaux [15-50]; là où s'élevait le château de la Mothe depuis le 13e siècle, nous trouvons maintenant un édifice néo-classique oeuvre d'un élève de Victor Louis;
  • Ch. Marquis d'Alesme-Becker [8-20] (autrefois Becker),
  • Ch. Marquis de Terme [10-25] (autrefois Marquis de Thermes),
  • Ch. Rausan-Ségla [15-30] (autrefois Rauzan-Ségla),
  • Ch. Ferrière [4-8], ressuscité par Claire Villars,
  • Ch. Desmirail, ressuscité par Lucien Lurton à partir de 1981, et maintenant dirigé par Denis Lurton,
  • et Ch. Rauzan-Gassies.
Huit à Cantenac :
  • Ch. Boyd-Cantenac [12-20], dont les millésimes récents sont affectés par des tanins un peu poussiéreux;

  • et Ch. Cantenac-Brown [10-25];
    tous deux issus de la division de Boyd;
  • Ch. Brane-Cantenac (autrefois Brane) que l'on dit délicat, fin, racé. Classé 2e CC.
  • Ch. Issan [10-40], en face de Prieuré-Lichine, est l'un des plus beaux châteaux du Médoc, et l'un des Margaux les plus corsés.
  • Ch. Kirwan [10-35], 3e CC de bon rapport qualité / prix;
  • Ch. Palmer [8-20] vieillit plus lentement que bien de ses voisins, et se vend au prix des meilleurs Crus Classés. C'est en raison du délabrement de ses bâtiments qu'il n'avait été classé que 3e Cru en 1855;
  • Ch. Pouget [10-25] (autrefois Pouget-Lassale);
  • et Ch. Prieuré-Lichine [7-20] (autrefois Le Prieuré), supérieur à son classement en 4e CC. Le nom Prieuré vient de ce que le domaine était, jusqu'à la Révolution, un prieuré de bénédictins affectés à l'église de Cantenac; mais ses vignes sont bien plus anciennes.
Deux à Labarde :
  • Ch. Giscours [8-30];
  • et Ch. Dauzac, où on peut voir un monument à la gloire de la bouillie bordelaise mise au point par Millardet;
et un à Arsac :
  • Ch. du Tertre [8-25] (autrefois Le Tertre).
Soussans, qui accueille entre autres le Château La Tour de Mons, n'a pas de Cru Classé.

Parmi les Crus Bourgeois :

  • Ch. La Tour de Mons [10-30],
  • Ch. Monbrison [8-15], appartenait autrefois à Ch. Desmirail;
  • Ch. Siran [8-20],
  • Ch. Canuet [4-10].
Notes :
Ch. Dubiguon est un 3e CC disparu : ses vignes ont été rachetées par les Châteaux Margaux, Palmer, et Malescot Saint-Exupéry.
Ch. d'Arsac, qui avait perdu le droit à l'appellation Margaux, l'a regagné par décision du Conseil d'Etat. 65 hectares, dont 20 plantés, ont ainsi été reclassés en Margaux le 8 septembre 1995. Le Syndicat Viticole de Margaux a fait appel. A suivre...

Pauillac

L'appellation concerne la commune de Pauillac (où 9 ceps sur 10 sont classés), et des parcelles de Saint-Estèphe, Cissac-Médoc, Saint-Sauveur, et Saint-Julien-Beychevelle.

Les sols de graves sont caractéristiques du Haut-Médoc, mais moins profonds qu'à Margaux. Il s'agit de graves sablonneuses sur socle d'alios, où le cabernet sauvignon règne en maître.

Les Pauillac associent la fraîcheur du fruit, la sécheresse du chêne, la subtilité et le corps, à un nez de cassis avec une pointe de bois aromatique et un soupçon de douceur. Ils sont corsés, puissants, charpentés, ce qui n'exclue cependant ni la finesse, ni la distinction, avec un bouquet délicat.

Rappelons qu'à part Ch. Margaux, les Premiers Crus Classés médocains sont tous à Pauillac :

  • Château Latour [30-60],
  • Château Lafite [25-50], dont les chais méritent une visite,
  • et Ch. Mouton-Rothschild [20-60], devenu Premier Cru Classé en 1973. Depuis 1945, chaque année, un grand artiste réalise son étiquette. Le château abrite le superbe Musée du Vin et de la Vigne dans l'Art, où sont exposés des objets précieux (de tous pays) célébrant le vin, dont certains datent du 13e siècle avant notre ère.
Pauillac détient 18 des 60 Crus Classés du Médoc. Parmi les bonnes adresses :
  • Ch. Pontet-Canet [6-12] (autrefois Canet), supérieur à son rang de Cinquième Cru Classé. C'est là qu'a été tourné le film "J'ai épousé une ombre".
  • Ch. Lynch-Bages [8-30] (autrefois Lynch) est un Cinquième Cru Classé dont la cote est celle de Troisièmes, voire de Deuxièmes Crus Classés. Dans les dégustations à l'aveugle, ce vin très typé de cabernet sauvignon est souvent pris pour un Ch. Mouton-Rotschild.
  • Ch. Pichon-Longueville Comtesse de Lalande [10-30] et Ch. Pichon-Longueville-Baron [10-20] sont tous deux CC, mais Ch. Pichon Comtesse, Deuxième CC, l'emporte en qualité, avec des vins riches et onctueux, aux arômes puissants de cassis et de violette, proches gustativement des Margaux.
Notes :
  • "Bages" est le nom d'une hauteur, mais Ch. Croizet-Bages, quoique lui aussi 5e CC, vole nettement moins haut que Ch. Lynch-Bages.
  • Ch. Lynch-Moussas [4-8], 5e CC, à Saint-Sauveur, est moins recherché que Ch. Lynch-Bages car manque un peu de charpente et de caractère.
  • Ch. Grand-Puy-Lacoste [10-20] (autrefois Grand Puy) est un excellent 5e CC.
  • Ch. Mouton d'Armailhac a connu bien des vicissitudes de nom : appelé Darmailhac lors du classement de 1855, il fut rebaptisé Ch. Mouton Baron Philippe en 1956, puis Ch. Mouton Baronne Philippe en 1977. En 1990, il est revenu (enfin, presque) à son nom d'origine.

  • Comme Ch. Mouton-Rotschild et Ch. Clerc-Milon, il appartient à Philippe de Rotschild (ne pas confondre avec les Rotschild banquiers qui possèdent Ch. Lafite-Rotschild et Ch. Duhart-Milon).
  • Ch. Duhart-Milon-Rotschild [8-16] (autrefois Duhart, 4e CC)
  • Ch. Batailley et Ch. Haut-Batailley viennent de la division de l'ex-Batailley, 5e CC.
  • Ch. Haut-Bages-Libéral [10-20] était autrefois Haut-Bages.
  • Ch. Grand-Puy-Ducasse [5-10] était autrefois le 5e CC Artigues Arnaud, dont le nom désigne maintenant le deuxième vin du domaine !

  • NB : le Château abrite la Maison du Vin de Pauillac.

Saint-Estèphe

Le sol de la commune est moins caillouteux que celui de Pauillac. Il est fait de graves garonnaises mêlées de sable et de marnes argilo-calcaires.

Les vins de cette appellation sont finement bouquetés, capiteux, plus acides et tanniques que ceux de Margaux, Saint-Julien, et Moulis, mais cependant moins que ceux de Listrac.

Saint-Estèphe détient 5 Crus Classés. Les trois Châteaux les plus renommés sont :
 

Photo David Desmet
Ch. Cos d'Estournel [8-20], 
autrefois Cos Destournel 2e CC, généralement considéré comme le meilleur, est relativement léger et souple, avec une pointe de gras. Il faut voir les portes de bois sculpté et les chais de cette "folie" du 18e inspirée par le palais d'un sultan de Zanzibar.

Ch. Montrose [5-25], 2e CC ferme et tannique, est corsé, charnu, un peu irrégulier en qualité.

Ch. Calon-Ségur [3-20], 
autrefois Calon 3e CC, est le plus septentrional des Crus Classés. Très corsé et viril, c'est le plus puissant des Saint-Estèphe, et l'un de ceux dotés de la plus grande longévité. Pourtant, son approche est très soyeuse, ce qui en fait un vin un peu déroutant.
Le coeur qui figure sur l'étiquette rappelle une phrase gravée dans la cour du château :
"Je fais du vin à Lafite et à Latour, mais mon coeur est à Calon".
"Calon" vient du nom des embarcations utilisées au Moyen-Age pour transporter des grumes d'une rive à l'autre de la Gironde. Toute la région s'appelait alors "Calones".

Les autres Châteaux sont caractérisés par une matière dense et tannique, et par une grande longueur en bouche. Parmi eux :

  • Ch. Lafont-Rochet [8-15], autrefois Ch. Rochet 4e CC, est d'un bon rapport qualité/prix;
  • Ch. Cos Labory [5-15], 5e CC, dont l'encépagement en cabernet sauvignon n'excède pas 40%, est soyeux et délicatement aromatique.
Le second se vend plus cher que le premier.

L'appellation possède de nombreux bons Crus Bourgeois dont certains mériteraient de figurer parmi les Crus Classés :

  • Ch. de Pez [6-20],
  • Ch. Les Ormes de Pez [3-15],
  • Ch. Marbuzet [4-10], deuxième vin de Cos d'Estournel,
  • Ch. Haut-Marbuzet [4-12].
D'autres bons Bourgeois incluent :
  • Ch. Le Crock [6-15],
  • Ch. Meyney [5-25], propriété de Cordier,
  • Ch. Le Boscq [5-12],
  • Ch. Phélan-Ségur,
  • Ch. Lilian Ladouys,
  • Ch. Tronquoy-Lalande [3-7], etc.
NB : Marquis de Saint-Estèphe (ne pas confondre avec Clos du Marquis, le deuxième vin de Ch. Léoville-Las Cases) est la production de la coopérative pour 200 viticulteurs environ.


 
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Pierre Lotigie-Laurent