La planète-vin / Bordeaux

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Le Médoc

1.600 viticulteurs se partagent 13.600 ha sur la rive gauche de la Gironde, qui produisent 90 millions de bouteilles exclusivement (ou peu s'en faut) de rouge, sous deux AOC sous-régionales : et six AOC communales, toutes situées au sein du Haut-Médoc, pour lesquelles le rendement de base est limité à 45 hl/ha :
  • Margaux :

  • 1.280 ha. 7,6 millions de bouteilles en 1988.
  • Saint-Estèphe :

  • 1.220 ha. 8 millions de bouteilles en 1988.
  • Pauillac :

  • 1.100 ha. 7,3 millions de bouteilles en 1988.
  • Saint-Julien :

  • 880 ha. 6,3 millions de bouteilles en 1988.
  • Moulis :

  • 450 ha, 2,6 millions de bouteilles en 1988.
  • Listrac :

  • 550 ha, 3,2 millions de bouteilles en 1988.
Le cabernet sauvignon constitue 52% de l'encépagement, le merlot 34%, le cabernet franc 10%. Malbec et petit verdot se partagent le reste.
Autrefois, la plupart des domaines faisaient de bons blancs en appellation Bordeaux. Cela est devenu très rare.

Avant le classement de 1855, on distinguait Crus Bourgeois, Crus Artisans, et Crus Paysans. Depuis le classement de 1855, seule la notion de Cru Bourgeois est restée en usage, mais le CIVB essaie de faire reconnaître auprès des autorités de la CEE la notion de Cru Artisan, qui intéresserait 11% de la production du Médoc. Nous y reviendrons.

Table 2. Millésimes récents en Médoc
Année  Qualité et garde 
1987  Année médiocre en général, avec une acidité basse.
Selon les châteaux, les vins devraient être bus ou peuvent l'être rapidement. 
1988  Excellent millésime, de très bonne garde. Vins tanniques et robustes. Aucune bouteille ne doit être débouchée avant 1994; les meilleures seront à boire à partir de l'an 2000 et conservables jusque vers 2010. 
1989  Très bonne année, et de très bonne garde.
Vin très alcoolisé, manquant un peu d'acidité, qui sera à boire avant le 88. 
1990  Année bonne ou très bonne selon les châteaux, mais taux d'acidité assez bas en général. Le vin sera donc de moins longue garde que ses prédécesseurs. Buvable à partir de 98, conservable jusqu'en 2005 en général, 2025 pour les meilleurs. 
1991  Bonne année. Vins tendres, en général de garde moyenne avec quelques excellentes exceptions à Saint-Julien, Pauillac, Saint-Estèphe. 
1992  Année très moyenne. Vins souvent dilués, à boire jeunes (5 à 10 ans en général). Moulis et Listrac sont faibles, Saint-Julien bien réussi, Pauillac est mieux qu'en 91. 
1993  Année de bonne qualité et de bonne garde. Nombreux vins dilués, alors que d'autres présentent des tanins assez raides. Listrac et Moulis réussis. Saint-Julien et Pauillac plus réussis que Margaux et Saint-Estèphe. 
1994  Après un été parfait, la pluie au moment des vendanges a obligé les bons vignerons à trier. Ceux-là auront des vins très supérieurs à ceux des 3 annnées précédentes. Leurs tanins (parfois un peu raides) demanderont du temps pour s'assouplir, mais promettent une très bonne garde. Saint-Julien (au niveau des 88) et Saint-Estèphe sont les plus belles réussites. 
 

Médoc

Bien que couvrant théoriquement la totalité du Médoc, l'appellation Médoc ne s'applique, en pratique, qu'aux rouges produits sur 13 communes du Bas-Médoc. En 1988, 26 millions de bouteilles ont porté cette appellation.

Robustes, relativement rustiques et colorés, les Médoc sont à boire entre 5 et 10 ans. Ils n'atteignent pas, en général, la grandeur des Haut-Médoc, mais les vins des Châteaux suivants valent bien ceux d'appellations plus prestigieuses :

  • Ch. Cardonne [6-10],
  • Ch. La Tour de By [6-12],
  • Ch. Loudenne [5-15], dont le Musée des outils de la vigne et du vin, à Saint-Yzans-de-Médoc, mérite une visite.

Haut-Médoc

L'appellation Haut-Médoc bénéficie à 16 communes. Dans l'ensemble, ses vins ont davantage de corps et d'arômes que les Médoc, et sont à boire en général entre 5 et 15 ans.

L'appellation se flatte de 5 Crus classés :

  • l'excellent Ch. La Lagune (autrefois Lalagune), à Ludon;
  • Ch. Cantemerle [8-20] (autrefois Coutenceau, où -d'après la légende- un monstre dévorait les jeunes filles !), à Macau;
  • Ch. Belgrave [8-16], Ch. Camensac [8-20], et Ch. La Tour-Carnet (autrefois Carnet, moins réputé de nos jours) à Saint-Laurent-et-Benon.
Autres bons Châteaux :
  • Ch. Malescasse,
  • Ch. Lanessan [7-20],
  • Ch. Agassac, à Ludon,
  • Ch. Caronne Sainte-Gemme [8-20], à Saint-Laurent,
  • Ch. Belgrave [8-16], aussi à Saint-Laurent,
  • Ch. Larose-Trintaudon [6-15], également à Saint-Laurent; c'est le château le plus vaste du Médoc, et pourtant d'une qualité surprenante;
  • l'excellent Ch. Sociando-Mallet [10-25], à Saint-Seurin;
  • et Ch. Tour du Haut-Moulin [7-15], à Cussac Fort-Médoc; comparable à Sociando-Mallet, mais peut-être moins distingué.

A Lamarque, voir le château-fort du 14e siècle, monument historique classé.

Classement des Crus du Médoc

Vaste sujet, et polémique s'il en est !
Le classement de 1855 avait consacré Ch. Haut-Brion, à Pessac, et 60 Crus médocains que nous ne citerons pas, ce classement ayant perdu beaucoup de son sens aujourd'hui. S'il était possible de le réviser, nul doute qu'un certain nombre de changements apparaîtraient, mais - et c'est bien la preuve qu'il y a malaise - aucune révision officielle, aucune modification n'a été possible, sauf l'incorporation en Premier Cru Classé de Ch. Mouton-Rotschild; encore aura-t-il fallu 15 ans pour que le baron obtienne cette satisfaction que nul ne lui conteste plus.

Ce qui complique le choix de l'amateur, c'est -l'avez-vous remarqué ?- qu'aucun CC ne mentionne son rang, sauf les Premiers que tout le monde connait...
Le regretté Alexis Lichine avait bien suggéré un nouveau classement vers 1980, avec un luxe de précautions oratoires et ajout de nombreux Châteaux, afin de mieux faire passer une pilule assurément trop amère pour les délicates papilles de quelques châtelains. Tout autre qu'Alexis Lichine aurait été cloué au pilori pour un tel crime de lèse-Médocain. Mais c'était Alexis Lichine, et son autorité était telle que ce classement officieux ne suscita qu'une agitation relativement modérée, et surtout discrète, de la part des milieux intéressés. Pour n'en retenir que les points les plus positifs, disons que les Premiers Crus étaient confirmés dans leur position éminente, et qu'un certain nombre de châteaux qui n'avaient pas été distingués en 1855 se voyaient promus.

Mais rien n'est éternel, et même le classement d'Alexis Lichine, 20 ans après, pourrait être critiqué. Or, il existe un classement de fait, et ce classement est revu annuellement : c'est le "prix de place", c'est-à-dire le prix auquel les Châteaux vendent au négoce.

Le prix de place peut ne pas être du goût de tout le monde, mais il présente l'avantage d'éviter toute subjectivité personnelle ou corporative, et c'est d'ailleurs ce critère qui avait présidé au classement de 1855. Que constate-t-on, aujourd'hui, à l'aide de ce critère ? Eh bien, par exemple :

  • que depuis le millésime 1982, les 4 Premiers Crus Classés sortent pratiquement au même prix;
  • que Ch. Palmer se vend à des prix similaires à ceux des Premiers Crus;
  • que derrière eux viennent Ch. Léoville-Las Cases, puis Pichon-Comtesse et Ducru-Beaucaillou; et dans leur roue, environ à moitié prix des Premiers, Ch. Cos d'Estournel et Ch. Lynch-Bages;
  • que Ch. Lynch-Bages (5e CC en 1855) se vend nettement plus cher que plusieurs des Deuxièmes CC;
  • ou encore, que des Crus Bourgeois tels que Ch. Sociando-Mallet, Ch. Haut-Marbuzet, Ch. Chasse-Spleen, et Ch. Gloria, atteignent ou dépassent le prix moyen des Troisièmes CC.
Remarquons en passant que tous les Crus Classés portent des appellations communales, à l'exception des 5 suivants qui n'ont droit qu'à l'appellation Haut-Médoc :
  • Ch. Camensac, 5e CC
  • Ch. La Tour Carnet, 4e CC
  • Ch. Cantemerle, 5e CC
  • Ch. Belgrave, 5e CC
  • et Ch. La Lagune, 3e CC.
Et maintenant, si nous regardons au delà du Médoc, nous faisons les constatations suivantes :
  • Ch. Haut-Brion, seul château non médocain à avoir été reconnu 1er CC en 1855, se vend toujours au même niveau de prix que les Premiers médocains.
  • Ch. Vieux-Château-Certan (à Pomerol), Ch. Figeac et Ch. Canon (à Saint-Emilion), se vendent au prix des meilleurs Deuxièmes CC du Médoc.
  • Mais Pétrus (à Pomerol) met tout le monde d'accord, à des prix défiant toute concurrence...


Crus Bourgeois

La notion de Cru Bourgeois a connu bien des vicissitudes, mais elle a la vie dure.

Apparue au 19e siècle, elle n'avait alors que la force d'une auto-proclamation de la part des propriétaires. L'abus de son emploi en vint d'ailleurs à la discréditer.

Lors du premier classement officiel des Crus Bourgeois en 1932, 444 propriétés étaient recensées. Quelques-unes se trouvaient alors dans les Graves, mais la plupart étaient Médocaines.

1962 a vu la création du Syndicat des Crus Bourgeois. A cette date, sur les 444 propriétés recensées en 1932, il n'en subsistait plus que 110, dont 94 adhérèrent immédiatement au Syndicat.
Le titre était accordé à des propriétés :

  • situées en Médoc,
  • ayant au moins 7 ha plantés,
  • qui n'avaient pas été classées en 1855,
  • et dont la qualité du vin, la tenue du vignoble, et les conditions d'exploitation satisfaisaient aux exigences de la Commission de Contrôle du Syndicat. En particulier, les vins devaient être faits au château, et subir un élevage en fûts de chêne. En outre, les Crus Grands Bourgeois Exceptionnels devaient être originaires des terroirs des Crus Classés.
En 1978, le palmarès syndical dénombrait 127 Crus Bourgeois :
  • 68 Crus Bourgeois proprement dits,
  • 41 Crus Grands Bourgeois,
  • 18 Crus Grands Bourgeois Exceptionnels.
Depuis 1979, seule la mention "Cru Bourgeois" reste légale, en vertu de la réglementation européenne qui interdit les termes superlatifs tels que "Bourgeois Supérieur", "Grand Bourgeois", et "Bourgeois Exceptionnel".
Pour maintenir une hiérarchie, il fallait trouver autre chose. Ce fut la création, en 1985, de la Coupe annuelle des Crus Bourgeois, dont le principe est simple : les propriétés sont opposées deux à deux en dégustations à l'aveugle des trois derniers millésimes disponibles. Le titre de lauréat est évidemment le plus enviable, mais il n'est déjà pas si mal d'arriver en finale ou en demi-finale.

Ch. Monbrison, à Arsac, en appellation Margaux, a été lauréat deux fois, dont en 1988 (pour les millésimes 84, 85, 86). C'est un vin puissant, au bouquet complexe et fin.
Les autres lauréats ont été :

  • Ch. Haut-Marbuzet (Saint-Estèphe),
  • Ch. Sociando-Mallet (Haut-Médoc),
  • Ch. Maucaillou (Moulis), en 1986,
  • Ch. Labégorce-Zédé,
  • Ch. Poujeaux (Moulis),
  • Ch. Le Crock (Haut-Médoc) en 92, lauréat des 122 Bourgeois en compétition pour les millésimes 86, 88, et 89. Ch. Monbrison était finaliste.
  • En 1993, les millésimes en jeu étaient les 88, 89, et 90. Ch. Pibran battit Ch. Citran (Haut-Médoc) déjà finaliste en 1991.
  • En 1994, pour les millésimes 89, 90, et 91, Ch. Les Ormes de Pez bat Ch. Phélan-Ségur. Les deux autres demi-finalistes étaient Ch. Poujeaux et Ch. Tour du Haut Moulin. Les autres quart-finalistes étaient les Ch. Maucamp, Colombier-Montpeloup, Pomys, et Ségur-de-Cabanac.
Signalons aussi que Ch. Tour du Haut-Moulin est arrivé deux fois en finale, et deux autres fois en demi-finale.

1989 : le Syndicat des Crus Bourgeois devient propriétaire de la marque déposée "Cru Bourgeois", dont l'utilisation est limitée aux seuls vignobles girondins où des Crus ont été classés en 1855. Ce qui permet d'envisager la présence parmi les Crus Bourgeois de domaines de Sauternes et de Barsac...

Didier Ters, dans la revue "L'Amateur de Bordeaux" de septembre 92, propose son classement personnel des meilleurs, en trois séries :

  1. Les Ch. Chasse-Spleen, de Pez, Haut-Marbuzet, Meyney, Monbrison, Phélan-Ségur, Poujeaux, et Sociando-Mallet;
  2. Les Ch. Angludet, Fourcas-Hosten, Gloria, Lanessan, Labégorce-Zédé, Les Ormes de Pez, Potensac, et Siran;
  3. Les Ch. Clarke, La Tour de By, La Tour de Mons, Le Crock, Les Ormes Sorbet, Maucaillou, et Tronquoy-Lalande.
En ajoutant immédiatement que "les Châteaux Agassac, Fourcas-Dupré, Cissac, Tour Haut-Cassan, Coufran, ou Fonréaud, ne dépareront pas dans une nomenclature déjà prestigieuse".

Notes :
- Ch. Chasse-Spleen, aux arômes de gibier, est puissant et corsé. Dès 1932, le classement des Crus Bourgeois le situait dans les 6 premiers.
- L'intérêt de Ch. Lanessan ne se limite pas à son vin. Il faut voir son architecture néo-gothique et ses écuries -aux mangeoires de marbre- abritant une collection de belles voitures à cheval.
- Ch. Maucaillou, un des trois meilleurs de Moulis, mérite un détour pour son Musée du Vin.
- Ch. Cissac est un vin de très grande garde [8-20]

Aujourd'hui, le Syndicat compte 335 adhérents, qui possèdent environ 7.700 ha de vignes et fournissent 55% de la production médocaine.


Crus Artisans

La création -en 1989- du Syndicat des Crus Artisans, va-t-elle ranimer la notion de Cru Artisan qui était moribonde ? Toujours est-il que le Syndicat regroupe environ la moitié des 150 Crus pouvant prétendre à la mention "Artisan". Ce sont pour la plupart de petites propriétés familiales s'étendant sur 5 hectares en moyenne, donc trop petites pour faire partie des Bourgeois (rappelons qu'une des conditions pour appartenir au Syndicat des Crus Bourgeois est d'avoir au moins 7 hectares).

Les conditions d'appartenance au Syndicat comprennent une visite des installations de vinification, une visite des vignes avant la vendange, une dégustation à l'aveugle, etc.

Parmi les bons Crus Artisans figurent :

  • Ch. de Langa,
  • Ch. La Tour des Bons,
  • Ch. Micalet (de Denis Feydiau, Président du Syndicat),
  • Ch. Pichecan,
  • Ch. Signoret.

Coopératives

Les coopératives sont tenues de vérifier la totalité des raisins apportés par leurs adhérents.
 
Table 3. Coopératives du Médoc
AOC  Coopératives 
Listrac  Grand Listrac 
Pauillac  La Rose Pauillac 
Saint-Estèphe  Marquis de Saint-Estèphe 
Haut-Médoc  Cave Canterayne, à Saint-Sauveur, 
La Chatellenie, à Vertheuil, 
Cave de Cissac, 
Cave La Paroisse, à Saint-Seurin de Cadourne, 
Les Chevaliers du Roi Soleil, à Cussac Fort-Médoc. 
Médoc  Cave Saint-Jean, à Bégadan, 
Pavillon de Bellevue, à Ordonnac, 
Cave Saint-Brice, à Saint-Yzans, 
Les Vieux Colombiers, à Prignac, 
Cave Saint-Roche, à Queyrac. 


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  Pierre Lotigie-Laurent