CépagesL'appellation Alsace est subordonnée à l'emploi
de 11 cépages :
Le pinot blanc, qui donne des vins ayant plus de corps et de rondeur que le sylvaner, s'étend aux dépens de celui-ci. L'auxerrois donne des vins plus gras, plus épicés et complexes, se rapprochant des Pinot gris. En général, les vins alsaciens doivent être bus jeunes,
entre 1 et 4 ans. Mais le Pinot gris, et surtout le Riesling et le Gewurztraminer,
méritent d'être attendus plusieurs années afin de
leur laisser le temps de s'arrondir et de développer leur bouquet.
Ce sont souvent des vins de longue garde. Cela étant, la qualité et la capacité de conservation des vins sont étroitement liées aux conditions climatiques ayant prévalu dans le millésime, et les dernières semaines s'avèrent souvent déterminantes. Dans les petites années, les Grands Crus affirment la supériorité de leur terroir et de leur exposition, la poche de Colmar jouit d'un micro-climat favorable, et les bons vignerons s'en tirent mieux que les autres... |
MillésimesNB : le tableau suivant date de 1995. |
| Année | Qualité et garde |
|---|---|
| 1987 | Sauf exception, ces vins sont passés et devraient déjà être bus. |
| 1988 | Excellent millésime, de grande garde, en particulier pour les Riesling. Peut être bu ou conservé. |
| 1989 | Année atypique, difficile pour
beaucoup de vignerons, mais exceptionnelle pour ceux ayant su modérer
les rendements et maîtriser des fermentations parfois délicates.
Les SGN (Sélection de Grains Nobles) et VT de Gewurztraminer sont extraordinaires. |
| 1990 | Très bonne année, donnant
des vins mûrs et concentrés, de très longue garde, particulièrement
le Riesling. On peut boire ou conserver. |
| 1991 | Millésime moyen, à boire jeune. Même les VT et SGN sont à boire avant 2000. Réussites en Pinot gris. |
| 1992 | Bonne année qui aurait pu être
très bonne si les rendements étaient plus mesurés.
A boire sans trop attendre. Les Riesling et Pinot blanc sont les plus réussis. |
| 1993 | Résultats très variables.
Les vins sont secs et la garde sera moyenne. Les Gewurztraminer sont
dilués, les Riesling sont très honorables, et les Pinot
blanc sont exceptionnels. Très peu de VT et de SGN. Meilleurs résultats dans la poche de Colmar et les Grands Crus. |
| 1994 | Millésime où le meilleur côtoie le pire, et qui permet de distinguer les meilleurs producteurs, capables de maîtriser les rendements. Sauf en Gewurztraminer généralement très réussi, il convient de sélectionner, moyennant quoi il est possible de trouver d'excellents vins, de grande garde. Parmi eux, VT et SGN pourront durer un demi-siècle. |
AppellationsAlsaceLes vins d'appellation Alsace, sans autre mention, peuvent résulter d'un mélange de tous les cépages. Il convient de les boire dans leur prime jeunesse.EdelzwickerCe n'est pas une appellation, mais une dénomination désignant un assemblage de divers cépages (chasselas, sylvaner, pinot blanc, auxerrois). La tradition veut qu'aucun cépage n'exerce d'influence prédominante. Il peut ne titrer que 8,5%vol.D'intérêt local, et d'ailleurs servi en carafe (18 à 20F), il n'en est pas moins délectable chez les bons restaurateurs soucieux de qualité. Crémant d'AlsaceLe Crémant d'Alsace est obtenu par seconde fermentation en bouteille, et doit reposer au moins 9 mois sur ses lies.Seul le pinot noir peut être employé pour le Crémant rosé. Le Crémant blanc est fait de pinot blanc, pinot gris, pinot noir, riesling, chardonnay, et auxerrois. Les Crémant doivent être bus jeunes. Bonnes adresses :
|
Alsace Klevener de HeiligensteinCe vin est issu d'un vieux cépage, le traminer, variété rose du savagnin qui donne les vins jaunes du Jura. Le traminer n'est pas un grand cépage mais, bien vinifié sur son terroir de prédilection qu'il semble avoir trouvé à Heiligenstein, il peut donner d'excellents résultats. Discrètement aromatique dans sa robe aux reflets dorés, il est doté d'une charpente solide permettant une longue garde.Bonnes adresses :
Alsace SylvanerLe sylvaner est un cépage naturellement très productif. Jusque dans les années 60, poussé à des rendements excessifs, mal vinifié, trop soufré, il fournissait un mauvais vin de comptoir qui donnait mal à la tête, et parfois même mal au ventre !Il a gardé mauvaise réputation, et aujourd'hui encore le rendement global observé en Alsace est de 97 hl/ha. Certes excessif au regard des normes françaises, ce rendement est toutefois très modéré par rapport à certains vignobles étrangers qui en extraient sans vergogne jusqu'à 150 hl/ha. Pourtant, avec les acquis de l'oenologie et pourvu que l'on ne fasse pas "pisser la vigne", le Sylvaner peut être un bon petit vin. Or, les bons producteurs n'ont pas renoncé au sylvaner. Comme on n'en plante plus, les vignes existantes prennent de l'âge, donnant des vins plus denses; et si, en outre, elles bénéficient d'un bon terroir et d'une bonne exposition, le résultat vaut un détour... Le Sylvaner doit être sec. Toujours conçu pour être consommé sans délai, léger et gouleyant, mais vif et parfois perlant dans sa prime jeunesse, il s'allie bien aux fruits de mer, à la charcuterie légère, et bien sûr à la choucroute. En France, le Bas-Rhin est l'aire de prédilection du sylvaner. Quelques Grands Crus (le Zotzenberg, à Mittelbergheim, dans le Bas-Rhin; le Zinnkoepflé, à Soultzmatt, et le Vorbourg, à Westhalten et Rouffach, dans le Haut-Rhin) sont d'excellents terroirs pour le sylvaner, mais leur statut de Grand Cru est un sérieux handicap à la présence du sylvaner. En effet, n'étant pas un cépage noble, le Sylvaner n'a pas le droit de mentionner un Grand Cru. Pour tourner la difficulté, les bons vignerons -personnalités généralement imaginatives et au sens de l'humour développé- emploient divers trucs :
Bonnes adresses :
|
Alsace Klevner ou Alsace Pinot blancIssu principalement de pinot blanc et d'auxerrois, mais aussi de pinot gris et même de pinot noir vinifié en blanc, ce vin doit être sec mais souple, au bouquet léger, et présenter une agréable fraîcheur fruitée.De qualité intermédiaire entre le Sylvaner et les Grands Crus, le Klevner est plus corsé. Dans sa meilleure expression, il se montre bien équilibré, avec un bouquet délicat. Il peut alors offrir une alternative au Pinot gris pour accompagner le foie gras. Mais en général, on le préfèrera avec les asperges, certaines charcuteries (jambon en croûte, saucisses à la pomme de terre), le ris de veau et la blanquette de veau. Un peu passe-partout, il n'y a guère que les fromages et les desserts avec lesquels il ne s'allie pas vraiment. Il convient de le boire dans ses trois premières années. Bonnes adresses :
|
Alsace Tokay - Pinot grisMoins parfumé que le Gewurztraminer, mais cependant doté d'une riche complexité aromatique, ce vin très corsé et parfois capiteux reste bien en bouche.Fruité dans sa jeunesse, il présente alors des arômes d'acacia, de citron, et de violette; auxquels s'ajoutent des arômes de miel, de fruits secs, de pain d'épices, chez les vins adultes. Ce vin -qui ne déplait à personne- s'améliore en
bouteille pendant quelques années, et s'avère de longue
garde (jusqu'à une dizaine d'années) les bons millésimes
ou lorsqu'il est issu des meilleurs terroirs. Bonnes adresses :
Alsace - GewurztraminerLe gewurztraminer, cépage peu productif aux petits raisins rougeâtres très sucrés, donne des résultats en général corrects mais sans grandeur dans les nombreux pays où il est cultivé. Il demeure fidèle à l'Alsace qui lui a donné naissance par sélections successives opérées sur du traminer. Plus précisément, c'est Orschwihr, joli village, qui semble en être aujourd'hui la patrie d'élection.En Alsace, les vins de gewurztraminer sont le plus souvent secs mais suaves et capiteux (plus alcoolisés que les Riesling). Mais surtout, ils sont très aromatiques, avec une saveur épicée persistante (Gewurtz signifie "épice"). On a identifié près de 500 constituants aromatiques associés
aux vins de gewurztraminer; des arômes floraux parmi lesquels la
rose, la violette, le géranium, sont les plus fréquents;
des arômes d'épices, cannelle, cumin, réglisse, etc.;
et des arômes de fruits : litchi, acacia si le vin est issu
d'un sol calcaire; l'ananas en Vendanges Tardives... Lorsqu'il est issu de vendanges tardives, le Gewurztraminer devient moelleux, et c'est ainsi que de nombreux amateurs le préfèrent, alors que d'autres estiment que sa saveur et son bouquet prononcés deviennent excessifs, voire accablants. Il s'allie bien au foie gras, aux viandes blanches rôties, au Münster
et au Roquefort, ainsi qu'aux desserts modérément sucrés.
Bonnes adresses :
|
Alsace - RieslingLe riesling, cépage rhénan de bon rendement, donne un vin élégant et racé, vigoureux et cependant très grâcieux, aux arômes floraux ou au délicat bouquet de tilleul sur un fond minéral, avec ce qu'il faut d'acidité pour lui assurer fraîcheur et capacité à mûrir harmonieusement.Environ 150 constituants aromatiques ont été identifiés dans ce vin capable de jouer d'innombrables variations, selon la nature des terroirs et son degré de maturité. Jeune, un Riesling fleure le citron et l'acacia; adulte, l'ananas, le coing, et le tilleul; le miel pour les grands millésimes; le pétrole si le vin est issu de vieilles vignes ou d'un sol calcaire. Si les Riesling ordinaires peuvent être bus jeunes, les bons demandent un peu de patience pour que leur vigueur juvénile un peu métallique se fonde. Certains Grands Crus peuvent être gardés 10 ans, voire 20 dans les millésimes exceptionnels. Quoi qu'il en soit, tout bon Riesling doit présenter un bon équilibre entre acidité et moelleux. Par rapport aux allemands, les Riesling alsaciens sont plus secs et plus riches en alcool. Lorsque l'automne est chaud, le riesling peut donner de beaux vins doux. Mais l'intérêt de ce cépage ne s'arrête pas à son caractère tardif : résistant au froid, il survit à des gelées fatales à bien d'autres cépages. Certains vignerons tirent parti de cette qualité pour conduire le riesling en Vendanges Tardives, voire en Vin de Glace (encore que les circonstances climatiques s'y prêtent moins en Alsace qu'en Allemagne). Le Riesling alsacien s'allie particulièrement bien avec les hors d'oeuvre, fruits de mer et crustacés, et bien sûr avec la choucroute, et même le fromage; un vin très sec conviendra aux huîtres, au saumon fumé, à la raie au beurre noir; un vin plus rond accompagnera la choucroute, le coq au riesling, les cuisses de grenouille et poissons d'eau douce; les poissons à la crème méritent un vin de grande origine. Bonnes adresses :
à Kaysersberg : Clos des Capucins, GC Schlossberg GC Wiebelsberg et Moenchberg, Sélection de Grains Nobles du Kastelberg pour son rarissime Clos Saint-Urbain, en GC Rangen. Et son GC Brand. |
Alsace MuscatLe muscat à petits grains, rose ou blanc, est un cépage tardif, difficile, capricieux. Le muscat ottonel, plus discret en bouche mais plus aromatique, est plus régulier, aussi la plupart des viticulteurs mélangent les deux cépages.Mais les meilleurs vignerons préfèrent le muscat à petits grains, dont ils parviennent à tirer un vin sec, frais grâce à son acidité, gardant bien le goût marqué et persistant de son raisin aux arômes de géranium, de bois de rose, voire d'acacia lorsqu'il vient d'un sol calcaire. L'Alsace Muscat est le seul vin français sec issu du muscat. A boire jeune pour son fruité, en apéritif ou au dessert, avec des bretzels ou du kouglof (orthographe du Petit Robert; mais on rencontre aussi "kugelhof" et "koughelhopf"). Mais il vaut d'être essayé aussi avec les hors d'oeuvres à base de légumes (surtout les asperges), le foie gras, et la cuisine épicée. Bonnes adresses :
GC Goldert Muscat Les Amandiers Muscat du Grand Cru Goldert Alsace Pinot noirSeul cépage noir cultivé en Alsace, le pinot noir y fait figure de canard dans une couvée de poussins. Mais la bizarrerie de sa présence ici n'est due qu'à son isolement : le climat alsacien est autrement plus clément que celui d'autres contrées cultivant le pinot noir. Seulement voilà ! il s'agit d'un cépage capricieux qui ne fait rien pour faciliter la vie du vigneron, aussi lui préfère-t-on les cépages blancs, plus faciles et aussi plus conformes à l'image alsacienne dans le monde.Cependant, quelques communes se sont taillé une réputation pour le pinot noir : Saint-Hippolyte, Ottrott, Marlenheim, Bergheim... Le rosé est à boire jeune, à 12°C, pour accompagner poissons grillés et terrines de canard. Le rouge peut vieillir 4 ans ou davantage, et se boit à 16°C; il s'allie bien aux viandes rouges grillées, voire au petit gibier. L'un et l'autre présentent de bons arômes de framboise. Bonnes adresses :
|
[ Haut de la page | Page précédente | Page suivante | Table des matières ]